S'unir n'est pas secondaire

Dans la publication du 29 avril dernier, la lettre rédigée par Mme Danielle Paquette concernait la préservation des écoles de cycles au secondaire. Ce sujet m'a rejoint, non seulement parce que je ne crois pas à la séparation des niveaux dans différents établissements scolaires, mais aussi car j'ai vécu mes cinq années, presque les plus belles, dans une même école. Concrètement, je ne verrais pas en quoi l'école de cycles aurait des avantages sur « l'école complète ».
Le secondaire est la place qui forge ton identité, qui teste ton caractère. Déjà, c'est une période de transition sur le plan personnel qui peut sembler difficile à gérer pour certains. Je ne sais pas si leur faire vivre une transition physique, d'une place à une autre, d'un ami à l'autre, d'un système à l'autre, n'entraînera pas une désorganisation cognitive chez l'adolescent qui ne demande qu'à trouver son appartenance, sa place. Comment voulez-vous qu'il trouve la sienne s'il en fait plusieurs ? Parce qu'après, au cégep et à l'université, il verra qu'il n'y sera que de passage, comme un oiseau rare qu'on ne reverra pas et dont on ne connaitra jamais le nom. Et, au-delà de la réussite éducative, termes que j'ai d'ailleurs appris à détester avec les années, j'aimerais insister sur l'importance de la réussite personnelle d'un jeune, qui n'effleure pas souvent les bouches, mais qui pourrait dire pourtant beaucoup plus.
À la question : « Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ? » je réponds : « Pourquoi le recommencement si on peut jouir de la continuité » ? J'ai dansé tout mon secondaire à l'école de la Haute-Ville, j'ai appris à être passionnée et à continuer. À ce moment, je n'aurais pas compris pourquoi on m'aurait coupé ma passion en deux. J'ai eu mon diplôme d'études collégiales en danse.
Je suis à l'université et je danse toujours pour le plaisir. Là je parle de moi, mais je sais que je ne suis pas seule.
La continuité assure un climat rassurant, un lien logique qui diminue l'insécurité. Pour l'avoir vécu, on se sent compris, suivi et pris en charge par les enseignants qui nous connaissent presque autant que leurs propres enfants. C'est que rien n'est à refaire ; tout est à bâtir. Un pilier à la fois. Et ensemble. Je me verrais mal, une fois avoir construit une bonne partie de la charpente, devoir recommencer sur le terrain du voisin.
En plus, qui voudrait prendre l'autobus soir et matin alors qu'il est possible de se rendre à l'école en deux minutes de marche ?
Parlant de cohésion et de suivi, il en sera de même pour les dossiers, les papiers et les documents. J'ai le pressentiment qu'il ne sera pas si simple d'effectuer des transferts et, qu'encore une fois, ce ne sera pas juste le jeune qui se sentira perdu. La continuité doit primer sur la fragmentation, car j'ai toujours cru que vivre en société, c'est apprendre à vivre avec les autres. Peu importe combien on est dans l'espace d'un mètre carré, on s'endure. Ou on choisit de s'aimer. D'ailleurs, je ne vois pas où est le besoin de posséder les mêmes valeurs pour former un tout. Souvent, et peut-être est-il surprenant selon vous, ces valeurs découlent même des élèves et les enseignants ne font que les renforcer positivement.
J'ai eu un enseignement de qualité.
J'ai tissé des liens. Je me souviens de mon secondaire comme si c'était hier.
J'ai réussi.
J'ai continué.
En fait, la meilleure solution est de demander aux jeunes ce qu'ils veulent vraiment. Pas ce que vous souhaitez qu'ils répondent. C'est à eux qu'on doit poser la véritable question.
Je veux seulement qu'ils profitent du temps où on les appelle par leur nom, pas par leur numéro de dossier.
Marie Boulet-Côté
Granby