Stéréotypes et genre

La controverse née à la suite des propos de monsieur Peter McKay sur les rôles genrés ne constitue-t-elle pas la pointe de l'iceberg d'un type d'hétérosexisme? La discrimination ne se camoufle-t-elle pas derrière une notion d'égalité complémentaire figeant ainsi dans l'inconscient social les rôles genrés de mère et de père?
Cet incident dévoile au grand jour les obstacles à l'atteinte de l'égalité. Un simple chiffre publié en 2006 témoigne du chemin qui est à parcourir: les femmes, dans une famille, accomplissent encore 65% des tâches domestiques. Certes, une certaine amélioration s'est produite depuis le début du 20e siècle, mais nous sommes toujours très loin de la coupe aux lèvres. Un autre exemple illustre ce conditionnement social: Élisabeth Banditer, dans son livre, Le conflit: la Femme et la Mère, suggère qu'au sein d'une culture androcentrique, il existe un possible assujettissement des femmes au rôle de la maternité comme composante primordiale de l'identité féminine.
Dans cette perspective, les rôles genrés apparaissent déterminés biologiquement. Le sens commun les considère même comme des évidences. Or, comme le souligne B. Gévry: «Pourquoi les adhérences du féminin et du masculin qui fonctionnent comme une seconde peau sont-elles toujours aussi impressionnantes? La raison en est sans doute l'ancienneté même de la construction mentale de la valence différentielle des sexes» (Brigitte Grésy, La vie en rose, p. 157). Ces représentations séculaires conditionnent le regard selon une logique binaire qui accentue socialement les différences entre les femmes et les hommes. Les civilisations ont favorisé grandement la différentiation artificielle en attribuant des comportements et des sentiments aux rôles genrés.
L'analyse selon le genre permet justement de mettre en lumière l'arbitraire des catégories jugées «naturelles», car: «[si] le sexe renvoie aux différences biologiques existant entre les hommes et les femmes, le genre est un concept portant sur la construction sociale des groupes "de sexe" et sur le rapport de domination dans le cadre duquel ceux-ci se constituent». (S. Morel, L'économie féministe, 2012). Comme le souligne Asia Fridman, le regard sur le biologique est également élaboré par la société (Blind to Sameness, p.142). Autrement dit, les rôles genrés sont construits et relèvent en premier lieu de la culture comme le rappelle à bon droit Brigitte Grésy: «le féminin [tout comme le masculin] n'existe pas en nature. Il est pure construction comportementale, incorporée tant l'histoire est ancienne» (p. 161). Pour parvenir un jour à la pleine égalité, ne convient-il pas de «cesser de penser la différence entre le masculin et le féminin» (p.161)? Il est à espérer que notre classe politique contribue, dans notre société, à cette pleine reconnaissance de l'égalité et de la dignité entre les personnes.
Patrice Perreault
Granby