Spéculation et libre marché

Depuis les années 1980, les gouvernements ont adopté le slogan suivant: libérons les institutions financières et les entreprises de toute loi qui peut les obliger à se préoccuper des exigences sociales et environnementales. Finie la vieille rengaine qui stipulait que le plus fort devait protéger le plus faible. Voici la recette indéracinable: que le plus fort l'emporte.
Cette nouvelle loi apparaît avec énormément d'évidence dans tout ce qui touche le domaine de la spéculation et c'est encore plus frappant dans les accords économiques internationaux. Sans faire la guerre, certaines économies comme la Chine sont en train de conquérir la planète entière: elles acquièrent les entreprises industrielles, agricoles, culturelles, immobilières, minières, tout y passe. Comme la mafia, les grandes fortunes font des offres que personne ne peut refuser et que personne ne refuse. Conséquences: augmentation injustifiée des prix et pour combattre l'inflation, quoi de mieux que l'augmentation du taux d'intérêt. Dans les deux cas, la majorité des familles voit diminuer l'accessibilité au logement de qualité et à une alimentation de qualité et les gouvernements populistes ne craignent pas de couper dans leurs dépenses, toujours les mêmes : éducation, santé, environnement, solidarité.
En fait, depuis le 17e siècle, les pays qui avaient le malheur de posséder un trésor presque infini de richesses naturelles sont devenus des colonies exploitées par les grandes puissances. Parmi celles-ci, ce fut d'abord les nations européennes et maintenant, c'est la Chine qui est en train de surpasser l'oncle Sam. La terre, comme une ruche, voit les humains au service de la reine. L'extinction des forêts et des mammifères, la pollution des océans et de l'ensemble des cours d'eau, les inondations, les sécheresses et les feux de forêt, tout cela est en train de détruire la planète parce que les ogres du marché croient encore au mythe irrationnel d'une croissance économique perpétuelle. De plus, la plupart des pays construisent, vendent, achètent et investissent des milliards et des milliards dans un armement de plus en plus sophistiqué capable de détruire plusieurs fois la terre entière. Et c'est toujours la même logique qui se perpétue de civilisation en civilisation: être le plus fort militairement et financièrement. On a retrouvé cette même logique sur l'Île de Pâques perdue au milieu de l'océan Pacifique. Aujourd'hui, c'est toute l'Humanité qui est perdue au milieu de l'Univers et qui va tout simplement se faire disparaître elle-même.
Nous nous sommes donné un nouveau roi: le marché. C'est un monstre insensible dont l'appétit insatiable dévore tout sur son passage. Et dans notre ignorance et notre indifférence, nous continuons à jucher des tortues sur les poteaux du pouvoir, des tortues qui permettent aux spéculateurs et aux grandes entreprises de devenir maîtres absolus des richesses de notre sous-sol, de nos immenses forêts et de nos très grandes rivières avec des promesses qui ressemblent tellement aux «fake news». Devant ces tristes réalités, nous plongeons dans le déni et la fatalité. Voilà où nous mènent la spéculation débridée et la dictature du marché.
André Beauregard, Shefford