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Si Granby voulait vraiment protéger ses milieux naturels

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LA VOIX DES LECTEURS / Le conseil municipal de Granby a adopté sa Politique de conservation des milieux naturels le 22 mars dernier. Il n’y a pas eu de consultation publique, et cela même si la Ville vient de se doter d’une Politique de participation citoyenne.

Beaucoup de villes ont adopté des plans de conservation et il s’en dégage une façon de faire qui est loin du processus qui a prévalu dans notre ville.

La Ville de Drummondville a eu recours à une démarche planifiée et transparente. Pour débuter, la Ville a réalisé le portrait de ses milieux naturels et les a classés par priorité. Elle a ensuite mené une consultation avec les acteurs locaux pour produire un diagnostic. Une deuxième consultation a suivi. Celle-ci a permis de sélectionner les sites d’intérêts et les stratégies de conservation à privilégier. Le Plan de conservation a été rédigé, puis la Politique de conservation, puis le plan de mise en œuvre sur cinq ans. Tout le processus a pris trois ans.

En analysant cette façon de faire, on comprend que la demande de caractérisation des milieux naturels est un prérequis pour réaliser un Plan de conservation. Plus encore, une consultation citoyenne permet l’adhésion du plus grand nombre.

La Ville de Granby devrait s’inspirer de l’expertise de ses citoyens. Dommage qu’elle n’a pas jugé bon de le faire.

De nombreuses villes ont adopté des plans de conservation de leurs milieux naturels depuis 2008. Elles ont consulté la population de plusieurs façons.

Au-delà de la démarche, on doit s’interroger sur la Politique adoptée par le conseil municipal de Granby et la cible de cette même Politique. Dans ce cas-ci, la Ville estime que sa cible de conserver 29 % de ses milieux naturels est «ambitieuse». Pourtant, 25 % des milieux naturels sur le territoire de la municipalité se trouvent en zone agricole, donc déjà protégés par la Loi de protection des terres agricoles. Dans les faits, la Politique de conservation des milieux naturels adoptée par le conseil municipal ne protège que 4 % du territoire en zone urbaine, incluant le boisé Miner et le Centre d’interprétation de la nature du lac Boivin.

Un maigre 4 %. C’est bien peu. Si on prend les données qui sont dans la Politique, il y a 5160 hectares (ha) de milieux naturels. De ce nombre, environ 312 ha (2 % du territoire) sont déjà morcelés pour du développement et 3935 ha sont en zone agricole. Il reste moins de 900 ha en zone urbaine, dont 300 ha sont des milieux humides qui jouissent déjà d’une protection par la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE). Ça laisse 600 ha, dont la moitié sera «développée», selon le principe de la densification de la Ville.

En résumé, l’impact de la Politique de protection est d’ajouter environ 300 ha à ce qui est déjà protégé. C’est très mince compte tenu de toutes les connaissances scientifiques que nous avons en 2021 sur l’importance des milieux naturels et de la nécessité de les protéger. C’est sans penser aux coûts exorbitants du reverdissement des secteurs de notre ville qui souffriront de plus en plus de la chaleur comme d’autres villes entières.

Plusieurs citoyens ont exprimé leurs doléances à l’égard de la Politique de conservation des milieux naturels et sur l’absence de consultation publique sur cet enjeu. Les membres du conseil municipal doivent ajuster la façon dont ils orienteront les prochaines étapes. Il est temps de profiter de ces suggestions constructives, dont celles présentées dans cet envoi. Tout cela va dans le sens de la Politique de participation citoyenne récemment adoptée par ce même conseil dont l’un des objectifs est de «(...) favoriser un débat équilibré et respectueux qui permet l’expression de différents points de vue visant à modifier et à bonifier les projets en cours».

Dans sa Politique de participation citoyenne, la Ville s’engage à:

• organiser et inviter la population à participer aux différentes activités publiques;

• préparer les documents et cibler les enjeux;

• rassembler les organismes, les professionnels et les personnes clés afin d’assurer la mise en commun des différents points de vue;

• donner une rétroaction aux personnes participantes et à la population;

• animer et encourager la collaboration à travers les différents moyens (forum citoyen, agent de liaison des grands projets, visites de terrains et de secteurs, etc.);

• intégrer différentes propositions citoyennes;

• expliquer les processus;

• fournir un rapport de rétroaction.»

La Ville doit établir un moratoire pour être cohérente avec son objectif spécifique de «développer un dialogue afin d’obtenir l’avis et les commentaires des citoyennes et des citoyens ainsi que des divers groupes sur des enjeux en amont d’une décision prise par le conseil municipal.»

Il est encore temps de revenir à plus de cohérence compte tenu des enjeux sur la qualité de vie pour tous les citoyens actuels et futurs.

Clément Roy

Citoyen de Granby