De nombreuses personnes se posent la question sur les motifs qui appuient la légalisation du cannabis.

Sacré cannabis!

De nombreuses personnes se posent la question sur les motifs qui appuient la légalisation du cannabis. Nombreux sont aussi ceux qui montent aux barricades pour que soit maintenu le statut d'illégalité de ce produit. Peu, semble-t-il, seraient en accord avec la démarche du gouvernement canadien­ relativement à ce sujet.
Énumérons quelques faits :
1. Le cannabis est actuellement en vente libre dans la rue. Ce « commerce » n'est pas limité par des heures d'ouverture ou de fermeture. Il n'existe aucun contrôle de la qualité pour cette substance. Il s'avère donc impossible de poursuivre légalement le fabricant comme le vendeur pour un produit impropre à la consommation. Les différents corps policiers ne réussissent à stopper qu'une maigre portion du trafic.
2. 40 000 grammes de cannabis fumés en quinze minutes représentent la dose mortelle (ce qui s'avère impossible à faire).
3. Contrairement à l'alcool, de façon rigoureuse, aucune quantité n'est clairement définie comme nuisant à la santé. Les scientifiques mentionnent, à tout le moins, qu'il faut éviter un usage quotidien ou presque quotidien. Le statut d'illégalité du produit empêche probablement des recherches scientifiques­ à ce sujet.
4. Le cannabis peut être utilisé à des fins médicales (pour soulager la nausée, la douleur chronique, le glaucome et des symptômes de la sclérose en plaques - pris en forte dose, il produit des effets psychiques et émotifs indésirables qui contreviennent à l'effet thérapeutique).
5. Chez les personnes vulnérables psychologiquement ou prédisposées, le cannabis peut déclencher des psychoses et augmenter des troubles de la dépression et de l'anxiété.
6. Le tabac tue plus de gens et coûte plus cher au Trésor public que l'alcool et toutes les drogues illégales réunies ensemble. L'alcool tue également plus que toutes les drogues illégales réunies ensemble. La déchéance comme la mort par overdose sont plus spectaculaires chez les toxicomanes que chez les alcooliques. Voilà pourquoi, ils retiennent­ plus l'attention.
7. Selon Statistiques Canada, plus de 40 % de la population canadienne aurait déjà consommé du cannabis. Et comme pour les usagers d'alcool, tous n'ont pas développé un trouble de consommation ou de dépendance au cannabis.
8. Ce qui est le plus à craindre d'un usage régulier de cannabis est le syndrome amotivationnel (problème de fusion avec le divan - pas le goût de faire quoi que ce soit).
9. Parmi la clientèle du Centre d'entraide La boussole Inc., la substance favorite demeure l'alcool, suivie de près par le cannabis, même lorsqu'il y a un usage multiple de différentes drogues.
L'un des objectifs de la légalisation relève de la santé publique. On s'assure de la qualité du cannabis et l'on indique la teneur en THC. L'on sait ce que l'on consomme. Ainsi, on évite de fréquenter de près ou de loin le milieu criminel pour se procurer un produit de qualité fort variable. Comme pour le tabac, l'on peut interdire la publicité sur la substance. De plus, le contexte de légalité permet d'avoir un discours sain sur la consommation de marijuana tout à fait pareille à celle de l'usage de l'alcool. Un contrôle gouvernemental dans une commercialisation passive pourrait très bien être opéré par la Société des alcools du Québec (l'on sait que l'on peut en acheter à cet endroit, c'est tout - pas de publicité). Les profits encaissés par la vente pourraient alors servir à la prévention et à la réadaptation. Laisser la vente de cannabis à des firmes commerciales, c'est donner à des vampires une possibilité inimaginable de saigner à blanc tout un segment de la population. Légaliser une drogue pour faire échec au crime organisé, c'est se berner d'illusions.
Lorsqu'on parle de légaliser le cannabis, l'on pense immédiatement à la jeunesse. Il faudrait les protéger de ce terrible danger que représente la dépendance aux drogues. Il est vrai que la très grande majorité des toxicomanes ont commencé leur usage de drogues illégales par le « pot ». Toutefois, ce n'est pas le produit qui cause la dépendance, mais son usage. Tout plaisir peut devenir une dépendance (nourriture, jeu, sport, sexe, dépenses excessives, etc.). Le problème se situe donc dans l'usage que l'on en fait. Dès qu'un plaisir est utilisé pour répondre à un besoin affectif ou émotionnel, alors la voie d'un usage abusif et dépendant est grande ouverte. En trente-trois ans de métier dans l'intervention auprès des alcooliques et des toxicomanes, je n'ai rencontré que de très grands souffrants. Tous disent qu'ils consommaient pour le plaisir que la substance leur procurait, mais en réalité, la substance était utilisée comme lubrifiant social pour contraindre la gêne ou un sentiment d'infériorité, pour geler ou éviter de ressentir une douleur émotionnelle, pour réduire l'anxiété et s'endormir, pour se sentir accepté par des pairs, etc. Donc, si nous désirons prévenir l'abus, il serait préférable d'accepter que la douleur fait partie de la vie et apprendre comment la gérer, qu'il est normal de ressentir des émotions désagréables et que cela ne nous tuera pas, de développer des attentes réalistes envers soi-même et envers les autres, d'apprendre à s'affirmer positivement, développer des processus adéquats de résolution de problème, s'éduquer à des techniques de relaxation, développer des loisirs sains. Il serait préférable également de ne pas oublier les câlins qui font beaucoup plus de bien que l'on ne le croit.
Les ex-toxicomanes sont parmi les personnes les plus défavorables à la légalisation du cannabis. Après avoir connu les affres de la dépendance et s'étant rétablis, et surtout ayant payé le dur coût de la dépendance et du rétablissement, ils désirent sincèrement éviter que d'autres personnes soient aux prises avec le même piège. C'est tout à fait louable. Mais, allons-nous faire des lois pour protéger les citoyens des divers troubles de santé physique ou mentale - puisque la dépendance à l'alcool ou à une drogue est un trouble de santé mentale ? Comme dit précédemment, c'est un mauvais usage qui a créé la dépendance pour compenser à des faiblesses personnelles. Évidemment, avant de connaître un usage abusif et dépendant, les toxicomanes ont connu un usage récréatif de leur substance favorite. L'usage que l'on fait d'un plaisir relève de la responsabilité personnelle. L'État ne doit pas se substituer à cette responsabilisation. Sinon, il serait préférable de légiférer sur le sucre pour éviter le diabète, sur les mauvais gras pour éviter le cholestérol et les troubles cardiaques, sur les quantités et la qualité de la nourriture que les gens peuvent acheter pour éviter des troubles d'obésité, sur la quantité d'alcool achetée pour éviter des troubles de diabète, de cholestérol, d'alcoolisme, de cirrhose, de pancréatite, de trouble gastrique, d'ulcères, de neuropathies (et j'en passe) et forcer les gens à bouger (activités physiques). La meilleure prévention que l'État puisse opérer demeure dans des campagnes publicitaires de sensibilisation, dans l'éducation scolaire, dans le dépistage précoce des personnes à risque de développer un trouble de dépendance aux substances psychoactives.
Quant à moi, le cannabis fumé devrait être soumis aux mêmes normes que celle régissant le tabac. De plus, il est tout simplement souhaitable d'adopter les mêmes règles de conduite pour l'usage du cannabis comme celui de l'alcool. On ne consomme pas au travail, on ne conduit pas un véhicule moteur sous l'effet du THC, on ne s'intoxique pas lorsqu'on a la garde de jeunes enfants, on n'en vend pas au mineur. On consomme un joint seul-e ou entre ami-e-s pour ressentir seulement le plaisir d'une détente. Si nous avons besoin d'utiliser un produit pour nous détendre tous les jours, alors nous éprouvons un problème...
Avec la légalisation, il y aura assurément un certain engouement pour le cannabis. Des personnes qui avaient peur des conséquences légales décideront de l'expérimenter. Certains trouveront un avantage à utiliser ce produit pour soulager des douleurs chroniques incapacitantes. D'autres le préféreront à l'alcool. Plusieurs l'utiliseront à des fins autres que récréatives. Mais, la crainte qu'une catastrophe se produise est-elle réellement basée dans la réalité ou plutôt dans les appréhensions que suscite une substance psychoactive qui n'est pas encore insérée dans notre culture comme l'alcool ? Et si l'engouement ne se dément pas après plusieurs années, il serait alors préférable de se poser des questions sur la gestion des problèmes sociaux.
René Gagnon
Directeur Centre d'entraide la boussole
Granby