Retraite Québec : une fausse sécurité financière

LA VOIX DES LECTEURS / Lettre adressée au premier ministre du Québec, François Legault

Monsieur le Premier Ministre,

Plus de 10 000 personnes, 10 142 exactement, ont signé la pétition électronique sur le site de l’Assemblée nationale réclamant une révision de la Loi sur les régimes complémentaires de retraite, et cela sans compter des centaines de signatures papier. La pétition demande également la mise en place d’une assurance rentes à l’instar de ce qu’offre l’Ontario depuis 40 ans déjà.

La pétition a suscité beaucoup d’intérêt dans la population malgré que presque toute l’attention était portée, avec raison, sur la pandémie de la Covid-19. Nous remercions chaleureusement tous les signataires de leur appui à la cause des retraités et des aînés.

La pétition, parrainée par le député Vincent Marissal de Québec Solidaire, était appuyée également par le Parti libéral et le Parti québécois. Plusieurs groupes dont le syndicat Unifor (FTQ), le réseau FADOQ et la Fédération canadienne des retraités ont soutenu l’initiative.

Les changements demandés visent à éviter que d’autres retraités soient frappés par d’importantes réductions de rentes à la suite d’une faillite ou d’une fermeture d’entreprise, comme celles qu’ont subies les retraités du Groupe Capitales Médias (GCM) et dont faisaient partie les journaux Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Quotidien, La Tribune, La Voix de l’Est et Le Droit. Depuis le 1er février dernier, les 900 retraités de GCM ont subi des coupures de 26 à 29% de leurs rentes. Avant ces coupures, la rente moyenne était de 17 000 $ par année.

Une assurance rentes serait une façon de réparer les pertes qu’ont subies les retraités de GCM à la suite des changements à la Loi sur les régimes complémentaires de retraite, lesquels ont permis aux employeurs de ne plus être obligés de financer le déficit de solvabilité d’un régime de retraite.

L’économiste retraité Michel Lizée, du Service aux collectivités de l’UQÀM, avait prédit en 2015 ce qui allait arriver aux retraités dont l’employeur deviendrait insolvable.

Dans le bulletin #7 de juillet-août 2015 de l’Observatoire de la retraite, M. Lizée écrivait ceci: «L’élimination de l’obligation de financer un déficit de solvabilité fragilisera les régimes lors d’une terminaison de régime lorsque l’employeur se retrouve insolvable ou pire, en faillite. Nous revivrons alors des situations où participants ou retraités se font couper 20, 30 ou 40% de leurs rentes. Pensons au prix lourd payé par les retraités d’Aleris, de Produits forestiers Résolu ou de Papiers White Birch par exemple. Si l’obligation de financer des déficits de solvabilité était maintenue, leur situation serait nettement moins pire.»

Nous ne croyons pas que la solution avancée par le ministre des Finances de faire en sorte que l’organisme Retraite Québec administre de façon provisoire la caisse de retraite soit suffisante. Au mieux, selon les experts, cette possibilité pourrait générer une légère bonification des rentes... mais une baisse plus forte ne peut être écartée non plus!

Tout ce qu’on sait, à partir de documents de Retraite Québec, c’est qu’un certain nombre de régimes administrés par l’organisme ont eu des bonifications des rentes depuis 2014, mais sans en connaître l’ampleur.

Selon certaines sources et sous toutes réserves, la bonification moyenne générée par l’administration provisoire de Retraite Québec pourrait être de l’ordre de 4% seulement sur un échéancier de 10 ans. Pour les retraités de nos journaux, les rentes seraient ainsi réduites de 22% à 25% au lieu d’être diminuées de 26% à 29% comme c’est le cas depuis le 1er février. Pour nos retraités, cela se traduirait par une perte se chiffrant en millions de dollars.

Devant cette situation, nous vous demandons respectueusement de reconsidérer votre décision de ne pas mettre en place une assurance rentes. Les retraités de GCM devraient bénéficier d’une telle assurance, étant donné qu’il était prévisible, comme l’a écrit M. Lizée, que les derniers changements à la Loi sur les régimes complémentaires de retraite pouvaient causer une coupure de prestations importante à la suite d’une faillite ou d’une fermeture d’entreprise.

Nous savons que votre emploi du temps est très chargé, mais nous sommes ouverts pour discuter, avec vous ou vos représentants, d’une telle assurance pour compenser les pertes des retraités.

Veuillez accepter, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de nos sincères salutations.

Les associations de retraités des journaux québécois du Groupe Capitales Médias

Signataires

Robert Fleury, président de l'Association des employés syndiqués retraités du journal Le Soleil

Serge Lemelin, président de l'Association des retraités du Quotidien

Pierre Carrier, président de l'Association des retraités du Nouvelliste 2019

Jeannot Bernier, président de l'Association des employés retraités de la Tribune

Louis Lapierre, président de l'Association des retraités de La Voix de l’Est