Des manifestants contre le port du masque.
Des manifestants contre le port du masque.

Respect et civisme

LA VOIX DES LECTEURS / Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il fait chaud au Québec en ce moment, et pas seulement au sens propre du terme! Les records météorologiques que nous connaissons auront certes permis aux spécialistes en climatisation de tout genre de tirer leur épingle du jeu malgré les aléas de la pandémie cette année. En soi une excellente nouvelle, car on prévoit une reprise économique lente qui pourrait s’étendre sur des années, voire des décennies.

Entre la crise COVID majeure du printemps qu’on vient de traverser et une supposée reprise du virus prévue pour l’automne qu’on ne souhaite évidemment pas, la vie «ordinaire» s’installe progressivement! Le port du masque est maintenant obligatoire dans le métro à Montréal, ainsi que dans tous les endroits publics et commerces du Québec. On le « recommande » seulement là où la distanciation sociale ne peut être respectée. Or, il appert qu’un certain nombre de personnes refuse catégoriquement d’obtempérer, prétextant que ça brime leur droit de «le porter ou non»... Où est le choix quand on ne sait pas qui de nos connaissances ou de nos proches est porteur de cet ennemi invisible? Belle occasion pour descendre dans la rue!

Aux nouvelles quotidiennes, les manifestants interrogés utilisent à peu près toujours la même diatribe pour expliquer leur geste, quel que soit le thème de la contestation! Pour eux et elles, il n’y a que des droits, jamais de devoirs! On établit ses propres règles, on se fiche de tout jusqu’à laisser sur son passage les traces d’une société ayant perdu tout sens du civisme, mais on est là — pancartes à la main — scandant que le Québec est devenu tout à coup un régime totalitaire imposant ses lois! Et on s’apprête à «lyncher» les mêmes dirigeants politiques qu’hier encore on portait aux nues, louant leur vigilance devant un travail colossal! (Soit dit en passant, je trouve nos dirigeants au gouvernement un peu trop conciliants en ce qui concerne le port du masque! Une amende pour les récalcitrants ne serait-elle pas appropriée?)

De un, chers manifestants, sachez qu’il est impossible pour un peuple sous la dictature de manifester dans la rue! Ce faisant, vous prouvez d’emblée la fausseté de votre affirmation! Être atteint de la COVID sans le savoir, la transmettre à ses parents, ses enfants, qui eux la refileront à leurs amis et leurs professeurs, n’a donc à vos yeux aucune espèce d’importance? Sans égard pour nul autre que soi-même, le choix devient éminemment facile : « On vit maintenant, et si ça a à nous arriver, ça arrivera! » clamez-vous! D’autres en paieront le prix? «Qu’importe!»

Tout ça au nom de la charte des droits et libertés, laquelle permettrait supposément tout, y compris de jongler avec la vie des autres! Or, je ne crois pas que tel ait été le souhait de Pierre Elliot Trudeau — quelque défaut qu’on lui attribue — quand il instaura cette mesure qu’on sert à toute sauce!

Il y a fort à parier que ces mêmes gens, réfractaires à toute directive sociale, ne respectent ni leurs voisins ni aucune loi régissant la maison ou la municipalité qu’ils (ou elles) habitent! Je, me, moi! Une fois en vacances, ils (ou elles) s’approprieront des lieux sans permission, laissant derrière eux (et elles) le souvenir de visiteurs indésirables abandonnant leurs déchets sur de belles plages de notre province jusqu’alors préservées, sans se soucier de l’environnement... pourtant la préoccupation du jour!

Dans quel genre de société vivons-nous? Il y a quelques décennies seulement, on pouvait vivre n’importe où l’âme en paix, même en campagne, portes verrouillées ou non! Que quelqu’un puisse s’en prendre à nous, endommager notre propriété ou s’emparer de nos biens ne nous venait même pas à l’esprit, car on nous avait inculqué, à l’école comme à la maison, de solides valeurs : respecter l’autre d’abord, et ses biens comme s’il s’agissait des nôtres.

Parlant de respect, base fondamentale de toute civilisation, il est évident que les manifestations pacifiques visant à dénoncer les abus à connotation sexuelle dans les relations homme femme par exemple ou les disparités sociales louables se doivent d’exister! C’est là une tout autre affaire!

Nous devons revenir à des critères de société plus « lumineux » et plus acceptables aux yeux des jeunes, ne serait-ce que pour changer l’image d’insouciance qui prévaut en ce moment en une fierté québécoise collective digne de ce nom! Leur futur en dépend!

Jeannine Mailloux

Granby