Denny O'Breham mise en demeure ville de granby

Rémunération des élus: un autre son de cloche

Quelle mouche vous a piqué, M. Denny O'Breham ? Vous avez le don d'inventer des théories sur à peu près n'importe quoi et de multiplier des affirmations généralement sorties de nulle part. Votre lettre parue le 26 janvier est un exemple de cet étalage du n'importe quoi.
Vous affirmez que les hommes et les femmes qui, courageusement, acceptent de consacrer beaucoup de temps à la « chose publique » devraient le faire bénévolement. Sans aucune preuve ou explication crédible, vous affirmez, comme ça, que cette façon de faire aurait existé jusqu'à tout récemment ! La plupart du temps, les gens engagés dans les affaires publiques ne retirent pas beaucoup d'avantages pécuniaires et bénéficient de très peu de reconnaissance. Rares sont les personnes qui prennent ces engagements pour la rémunération. Généralement, ils y laissent une bonne part de leur santé et perdent souvent de belles années loin de leurs proches. Malgré cet état de fait, vous ne voulez pas que la communauté leur paie un salaire ? Mais, sur quelle planète vivez-vous ?
Autre affirmation : l'importance que la société accorde à ses valeurs - définies selon vous par les actions des citoyens - dépend de ce que les citoyens donnent à la société. Or, selon vous, les citoyens ne donnent plus à la société, mais ils exigent. Cette affirmation totalement gratuite et sans fondement passerait-elle sous silence les millions d'heures que les citoyens donnent en bénévolat pour leur communauté ? Voilà un oubli et une distorsion de la réalité qui sont inacceptables.
Affirmer sans aucune nuance que les décisions prises par nos dirigeants sont inutiles et coûteuses, c'est tenir un propos qui, sous cette forme, déforme tristement la réalité. Oui, les dirigeants travaillent par essai et erreur et ce cheminement a un coût, mais il n'y a pas d'autres façons de faire à moins d'avoir la science infuse et parfaite de la gouvernance. 
 Les politiciennes et les politiciens engagés dans le gouvernement fédéral ou provincial ou dans des administrations municipales ou scolaires (administrations que l'on se plaît, de façon démagogique, à qualifier de « gouvernement de proximité ») sont AU SERVICE DU BIEN COMMUN, ce que les Romains identifiaient par l'expression « republica ». 
Depuis que les hommes et les femmes ont commencé à constituer de grandes cités, ils ont compris rapidement qu'ils devaient se donner des formes de gouvernement qui verraient à la mise en place et à la coordination de services publics et de normes communes de conduite afin d'éviter les comportements anarchiques et arbitraires. Et au fur et à mesure que les siècles se sont écoulés, les modes de gouvernance se sont raffinés en poursuivant toujours les mêmes objectifs.
Il est vrai que les citoyennes et les citoyens n'ont pas tous une compréhension semblable du bien, du beau et du vrai et que, par conséquent, les décisions prises par les dirigeants légitimes ne font pas toujours l'unanimité et que, à l'occasion, ces décisions sont renversées par les nouveaux dirigeants. Mais, sur quel principe s'appuie l'idée d'affirmer que les décisions qui doivent baliser les comportements sociaux n'appartiennent pas aux politiciens ? Et sur quoi s'appuiera le système de justice pour discriminer ce qui est acceptable de ce qui est inacceptable si ce n'est en se référant aux règlementations administratives et au Code civil construits de toutes pièces par les politiciennes et les politiciens ?
Jamais, depuis des millénaires, les gens n'ont pensé que toute décision qui se rapportait à la chose publique était de la responsabilité des citoyens pris individuellement, justement parce qu'ils ne voulaient pas que la notion de bien commun soit subordonnée et altérée par les intérêts individuels souvent si opposés les uns aux autres. 
Avec l'implantation de la gouvernance démocratique, de façon presque instinctive, les citoyens ont confié à leurs gouvernements et à leurs administrations des missions importantes afin de construire un milieu de vie de qualité et sécuritaire. Eh oui, ceux et celles qui acceptent des charges publiques et qui prennent des engagements politiques sont responsables du sort des membres de leur communauté et dans ce sens, ils méritent largement non seulement notre support en applaudissements, mais notre support financier. Tout travail y compris l'engagement au service du bien commun mérite un salaire. Qu'il y ait divergence sur les montants alloués ou sur les calculs de cette rémunération, c'est normal, mais toute opposition à cette rémunération relève tout simplement de la fumisterie. 
André Beauregard
Shefford