Réflexion sur les abus de religieux

Je tiens à féliciter et à remercier monsieur Jean-François Guillet, journaliste à La Voix de l’Est, pour son excellent article paru dans l’édition du 25 novembre dernier de notre quotidien local, dans lequel il rapportait son entretien avec le docteur Hubert Van Gijseghem au sujet de la culture malsaine que l’on peut observer au sein de l’Église catholique et qui explique, en partie du moins, les abus perpétrés par des prêtres et des religieux dans des établissements d’enseignement.

Ce psychologue expert y dénonçait notamment, à juste titre, la mentalité tordue par laquelle les religieux concernés se déculpabilisaient de leurs gestes, avec la complaisance totale des autorités ecclésiastiques.

À cette analyse fort éclairante et très pertinente, j’ajouterais que l’Église catholique, du fait même de sa structure fortement hiérarchisée et de son clivage entre les « hommes de Dieu » et les « simples laïcs », a laissé se développer une culture d’abus au sens large, qui ne s’exprime pas seulement par des sévices d’ordre sexuel, mais aussi par bien d’autres formes d’exploitation. 

Cette culture d’abus, qui dérive de la loi du plus fort plutôt que de « l’esprit évangélique », semble malheureusement avoir attiré un type de personnalité pour qui « l’idéal chrétien » passe bien après l’assouvissement de leurs pulsions de domination, notamment à l’endroit des plus vulnérables. Ce qui est très dommage, puisque cela jette du discrédit sur les efforts de beaucoup de prêtres, religieux ou laïcs qui cherchent à concrétiser leurs valeurs humanistes dans un mode de vie empreint de simplicité et d’humilité, en cohérence avec leurs convictions profondes. 

Il est tout de même étonnant de constater à quel point peu de dirigeants au sein de l’Église osent se lever pour dénoncer tous ces agissements. C’est peut-être parce qu’ils se sont eux-mêmes confortablement installés dans cette culture d’abus. D’autres sans doute parce qu’ils convoitent bassement ce qui représente à leurs yeux comme étant un poste de « prestige » dans la hiérarchie catholique. 

On pourrait de toute façon s’interroger longuement sur les raisons pour lesquelles bien des ecclésiastiques préfèrent, face aux abus et à l’exploitation dans l’Église, « regarder et laisser faire ». Quoi qu’il en soit, on est en droit de se demander si les prêtres et les dirigeants catholiques très à l’aise dans cette logique d’abus sont réellement habités par une foi religieuse authentique et sincère, tant ils semblent avoir retenu peu de choses des Évangiles, à commencer par tout ce qu’on peut y lire sur le pharisaïsme et les « sépulcres blanchis ». 

Au point que lorsqu’ils prennent publiquement la parole sur des enjeux sociaux d’actualité, leurs propos ne peuvent faire autrement que de sonner aux oreilles de plusieurs comme du babillage ronflant de pharisien bien-pensant. 

Et pour cela, ces prêtres et dirigeants religieux n’ont qu’eux-mêmes à blâmer.

Jean-François Perreault

Granby