Rambo est-il vraiment le sauveur de la Côte Nord?

Non, il m'est apparu comme un simple hâbleur et gueulard aux méthodes de pégreux. Au début de son témoignage, j'ai apprécié le témoin, mais peu à peu, le voyant incapable de répondre aux questions et toujours se vanter qu'il était un excellent syndicaliste et qu'il faisait vivre toute une région, j'ai décroché.
Dans ma vie, j'ai appris ce réflexe de recul à force de voir des messies dont il ne fallait pas gratter le vernis parce qu'ils ruaient! Je l'ai encore plus exécré quand j'ai vu qu'aux questions sur l'intimidation, il niait tout en bloc par quelques mots et sautait tout de suite à pieds joints, sans respirer, sur les méchants entrepreneurs qui ... qui ... Je trouvais donc que le procureur n'était pas assez réactif pour lui couper la parole et le ramener à la vraie question. Rambo m'est apparu comme un simple hâbleur et un gueulard incapable d'aborder objectivement une question, genre Jocelyn Dupuis, au début de la Commission Charbonneau, «le martyr pour nourrir la veuve et l'orphelin».
À la barre, Rambo a passé son temps à se vanter et à rabaisser la population de sa région. Il n'a aidé personne d'autre que lui-même en exploitant ces gens et en s'enrichissant (ce sujet va revenir) pour les faire passer pour une bande de bandits sans foi ni loi qui volent toute la population du Québec, par vandalisme et gaspillage de plusieurs centaines de millions de dollars par année. La loi de la jungle n'est pas une loi de civilisés, Monsieur. C'est du banditisme. C'est la répétition du début de la Commission: «Ceux qui nous empêchent de manger, on les élimine.» Et l'autre qui menace d'enterrer sous ses trottoirs ceux qui ne se soumettent pas à ses ordres de dégénéré.
J'aurais donc aimé que les procureurs insistent sur la stratégie habituelle de Rambo (intimidation d'abord, négociation ensuite), sur la progression dans l'intimidation, sur les personnes qui organisent les spectacles d'exploités à qui on monte la tête, et ce qui arrive à ceux qui refusent cette mascarade, etc. Qu'est-ce que Rambo trouve de si glorieux dans le geste d'un «travailleur» qui chasse un conducteur de pelle avec un fusil sur un chantier? Dans l'obligation, pour un entrepreneur, de remettre sa machine de 500 000$ entre les mains d'un étranger, surtout s'il cause pour 25 000$ de bris par semaine? ... Bien oui, ce n'est pas de sa faute, cette pelle n'est pas en bon état! ... Bien oui, c'est la montagne qui est trop proche! .... etc.
M. Denis Christian Morin dans Le Devoir du 4 mars fait une belle démonstration de style ampoulé digne de notre go-gauche des années 1970. Je ne lui en veux pas, je parlais comme ça, moi aussi à l'époque, et pour dire les mêmes choses. Rendu à 77 ans, j'ai plus de temps et de recul pour analyser ce que j'entends à la télévision. Rambo ne prouve rien d'autre que son manque absolu d'objectivité et son besoin viscéral de cacher quelque chose. Peut-être beaucoup! La conversation téléphonique enregistrée du grand ami de Rambo, son patron en fait, avec le président de la FTQ soulève le voile sur des petits commerces clandestins et le commerce de drogue par des délégués de chantiers... Rambo, le messie de la Côte-Nord? Laissez-moi rire, c'est bien plus le dictateur de la Corée du Nord!
Jean-Paul Tessier ex-syndicaliste et auteur
Saint- Alphonse-de-Granby