Racisme systémique et identité de «souche»

LA VOIX DES LECTEURS / Les diverses manifestions depuis quelques jours dénonçant le racisme systémique et plus largement les discriminations systémiques suscitent un espoir d’une transformation substantielle de la civilisation occidentale dans son rapport à la différence.

Cette relation sociale s’est caractérisée au cours des derniers siècles par un assujettissement des groupes humains par les sociétés occidentales militairement plus puissantes. Cette histoire a forgé la culture collective et favorisé l’intégration de stéréotypes dans l’inconscient sous forme de biais cognitifs. Ceux-ci conditionnent, encore maintenant et à notre insu, les représentations marquant l’ethos québécois. Cela concerne l’ensemble des sphères de la société.

Cela ne passe pas inaperçu de constater la réticence explicite de plusieurs à nommer le racisme systémique au Québec. Je me demande si la reconnaissance de telles dynamiques ne s’inscrit pas en faux avec l’imaginaire collectif des francophones de «souche». Le récit mythique de la Révolution tranquille s’est construit en grande partie dans la narration de l’émancipation des francophones «de souche» sans tenir compte de la complexité des héritages.

Sans contester les éléments factuels de cette lecture, ce mythe fondateur du Québec contemporain comporte bien des angles morts. En voici un : le fait de subir la discrimination n’épargne nullement la possibilité d’exclure d’autres groupes. Par exemple, est-il possible que les francophones «de souche» se perçoivent comme relevant de la culture occidentale et par conséquent intègrent inconsciemment les archétypes de celle-ci dans son rapport à l’altérité?

Est-il possible que la pseudo «classification des peuples» mise en place dès le XVIIe siècle ait eu des répercussions sur les « normes » inconscientes des francophones de «souche»? Cette perception s’avère-t-elle refoulée pour ne pas en contrarier les revendications nationales? Le débat concernant la laïcité n’exemplifie-t-il pas la présence de ces biais cognitifs marqués à l’aune d’un certain regard hiérarchique face à «l’autre»?

La société québécoise, comme toutes les autres sociétés occidentales, n’est-elle pas tributaire d’une forme d’atavisme culturel engendrant ces discriminations et racismes systémiques à l’égard de la différence? S’avère-t-il possible que la reconnaissance officielle par le gouvernement québécois du racisme systémique suscite l’effroi d’une fragilisation de la légitimité du récit fondateur national?

Cela explique-t-il le refus obsessionnel de notre premier ministre François Legault d’examiner de manière critique, tant notre passé (rappelons qu’en Nouvelle-France, on dénote la présence d’esclaves) que le présent? Comment expliquer autrement que certaines personnes racisées, malgré des efforts acharnés, peinent à entrer sur le marché du travail?

Le Québec se situe dans la moyenne occidentale. Je crois que de reconnaître la présence du racisme systémique, comme la Commission des droits et libertés de la personne et de la jeunesse l’a amplement démontrée, constituerait une preuve d’une véritable maturité collective. Cela éclairerait les angles morts passés sous silence, permettrait d’écouter avec accueil les parcours de vie ardus des personnes racisées et de faciliter le changement nécessaire de paradigme afin de construire une société réellement inclusive.

Patrice Perreault
Granby