Qu'en est-il de l'avenir de l'église Notre-Dame?

Si l'église Notre-Dame est remarquable par son histoire séculaire, elle l'est encore davantage par sa valeur patrimoniale et artistique, comme si les meilleurs maîtres verriers, sculpteurs, architectes et fabricants d'orgues d'une autre époque s'étaient donné le mot pour en faire un joyau. Sans surprise, sur les 240 biens architecturaux recensés dans le cadre de l'inventaire du patrimoine bâti de Granby, qui vient d'être terminé, l'église Notre-Dame compte parmi les 13 immeubles auxquels on attribue une valeur patrimoniale exceptionnelle. Au moment où l'heure des choix approche pour le plus vieux temple catholique de Granby, ce texte veut éclairer cet important dossier à la lumière d'informations à caractère patrimonial et historique.
OEuvre de l'architecte montréalais Casimir Saint-Jean, l'église Notre-Dame est construite entre 1898 et 1906. Son décor intérieur présente une grande sobriété qui contraste avec la magnificence de l'enveloppe extérieure. Dès les commencements, ils sont plusieurs à souhaiter que ce décor soit complètement refait. Or le projet doit attendre 1934 pour prendre forme. Pour l'occasion, la fabrique Notre-Dame, en dépit le la crise économique, fait appel à deux des plus grands artistes du moment. Le premier, Guido Nincheri, maître verrier et peintre décorateur montréalais, réalise simultanément 24 vitraux et l'ensemble des fresques murales, faisant ainsi de l'église Notre-Dame l'un des rares ensembles religieux exécutés par le maître, combinant fresques peintes et vitraux - on en dénombre une dizaine dans une production artistique qui compte plus de 200 églises. Le deuxième, Lauréat Vallière, est un sculpteur ornemaniste de renom affilié à l'Atelier Villeneuve de Saint-Romuald. La rénovation de l'orgue Casavant, en place depuis 1917, complète la mise en beauté des lieux, qui prend fin à l'automne 1935. Pour les fidèles de cette paroisse ouvrière, le rendez-vous dominical devient désormais une des rares occasions de prendre contact avec les oeuvres marquantes de notre patrimoine artistique québécois. Détail intéressant: la rénovation intérieure de l'église Notre-Dame est l'un des derniers grands chantiers du genre en sol québécois.
Par ailleurs, l'église Notre-Dame occupe une position de choix sur le tracé fondateur de la ville de Granby, la rue Principale. Avec son clocher qui s'élance dans l'environnement urbain, l'église constitue un point de repère incontournable, qui bénéficie de surcroît de l'un des rares couverts végétaux toujours présents au centre-ville. Combiné à l'ancien couvent de la Présentation de Marie, ce vaste îlot présente une richesse patrimoniale et paysagère qui ne se retrouve en aucun autre endroit du noyau urbain.
Considérant que la portée historique, architecturale et artistique de l'église Notre-Dame est indéniable, et que son positionnement est des plus avantageux, au coeur même de la vie urbaine du centre-ville de Granby, ce noyau institutionnel contribue assurément à la qualité de vie de la population granbyenne. Nous proposons donc que l'église Notre-Dame et le site qu'elle occupe fassent l'objet d'une citation par la Ville de Granby, tant au niveau de sa structure extérieure que de son décor intérieur, tel que le permet la Loi sur le patrimoine culturel, adoptée en 2012. Il ne s'agirait pas d'un précédent, l'église Sainte-Famille faisant déjà l'objet d'une protection similaire pour son enveloppe extérieure depuis 2002. Sans qu'il en coûte un seul denier à la municipalité, une telle démarche rendrait l'église Notre-Dame éligible à des subventions auprès du gouvernement provincial, en plus de permettre d'encadrer toute intervention pour assurer la sauvegarde et la préservation de cet espace unique pour la collectivité granbyenne. L'église Notre-Dame est un joyau patrimonial qui mérite d'être mis en valeur de manière à le rendre accessible à l'ensemble de la population et qui est promis à un riche avenir, considérant l'attraction touristique qui pourrait découler d'un projet de revitalisation adéquat et mûrement réfléchi.
Chantal Lefebvre (M.A. histoire de l'art), consultante en patrimoine
René Beaudin (M.A. histoire), président de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska