Quelle triste idée!

Dans un article publié dans La Voix de l'Est du 12 août, André Duchesne de La Presse faisait l'éloge d'un éclairage solaire nocturne : « le soleil pour éclairer la nuit ». Oui, quelle aber­ration !
La nuit a-t-elle vraiment besoin d'être éclairée ? Il vantait ces nouveaux gadgets qui sont alimentés par les rayons du soleil, s'allument auto­matiquement au début du crépuscule et demeurent allumés toute la nuit. Ils sont très peu dispendieux, faciles à installer et peuvent être plantés autour de la pergola ou dans la rocaille ou le long du sentier. Cette folie ne fait que confirmer un triste constat : la pollution lumineuse fait toujours partie intégrante de nos moeurs nord-américaines et maintenant que tous les éléments sont au rendez-vous, pourquoi s'en priver ? 
Ne faudrait-il pas se rappeler que la pollution n'a aucun droit, et surtout pas la pollution lumineuse que l'on retrouve de manière absolument exagérée dans les villes et même dans les zones de villégiature ? En effet, il a été clairement démontré que l'éclairage nocturne nuit grandement au monde des écosystèmes, à la qualité du sommeil et au système immunitaire des humains et surtout au bonheur de contempler le ciel étoilé et ses constellations. Bien sûr, malgré toutes ces bonnes raisons, il semble que nous ne pouvons absolument pas résister à l'attrait d'un éclairage nocturne dont la permanence est non seulement­ inutile, mais nuisible. 
À cette nouvelle panoplie d'éclairages présents durant toute la nuit, n'oublions pas d'ajouter l'éclairage issu des lampes électriques installées de chaque côté des portes et à l'entrée de la propriété et parfois devant le garage et qui demeurent, elles aussi, allumées toute la nuit. Pourquoi, diable, conserver un éclairage allumé toute la nuit, ne serait-ce qu'avec une seule lampe ? Existe-t-il au moins une raison intelligente pour maintenir cette pollution ? À quoi ça sert quand tout le monde dort et qu'à peu près personne ne circule dans la rue ? De plus, ces lampes souvent inutilement trop nombreuses, trop intenses et mal orientées jettent leur éclairage vers la rue, vers le ciel ou vers les propriétés voisines. Pourquoi cette intrusion et cette pollution ? Avons-nous peur de la nuit ? Avons-nous déjà pris le temps de goûter pleinement à la beauté intégrale de la nuit ?
Et aujourd'hui avec le réchauffement de la planète, les drames humains et écologiques sont présents quotidiennement. En continuant obstinément à satisfaire nos « j'aime ça » injustifiés et notre soif incontrôlée de consommation, nous contribuons aux multiples désastres qui secouent toute la planète. Nous vandalisons et gaspillons nos richesses naturelles et nous augmentons la présence destructrice des gaz à effets de serre. Ce ne sont pas les Martiens qui agissent ainsi, mais chacun de nous. Depuis 50 ans, nous avons pris conscience du chaos vers lequel nous marchions et nous avons réagi. Ce qui appartient en propre à l'humanité, c'est-à-dire sa capacité de penser et de réfléchir, a permis de ralentir ce processus de destruction de l'environnement. Un grand virage écologique s'est mis en branle et a réveillé notre sens des responsabilités­. Enfin, espérons-le. 
André Beauregard
Shefford