Quelle horreur!

LA VOIX DES LECTEURS / Mourir après 9 minutes d’étouffement dû à la présence d’un genou sur sa gorge ! Un geste radicalement injustifié, un geste criminel, un geste qualifié de raciste.

À la question : les citoyens d’Ontario sont-ils racistes ? Le premier ministre, Doug Ford, a répondu : « Absolument pas ! » À la même question posée au premier ministre du Québec, François Legault a répondu la même chose.

Et si cette question nous était posée à chacun de nous, quelle serait la réponse ? Difficile d’y répondre parce que les symptômes du racisme comme ceux de la COVID-19 sont souvent peu visibles.

Face à une fièvre soudaine, plusieurs refusent d’aller consulter leur médecin par peur du diagnostic. Et pourtant, comment soigner une maladie si nous refusons de reconnaître sa présence dans notre organisme ? Il en est de même pour les maladies sociales.

Face au racisme, nous préférons nous mettre la tête dans le sable plutôt que de reconnaître honnêtement le problème. Or, il est fort possible que tous les humains soient racistes. Ce n’est pas par malveillance, c’est un comportement humain instinctif.

Depuis des siècles, le commerce a favorisé la naissance de métropoles cosmopolites. Les grandes routes commerciales ont permis aux humains d’entrer en contact avec une multitude de citoyens appartenant à des races, des cultures et des religions différentes. Grâce à ces contacts, un nombre important parmi eux ont appris à vivre en harmonie avec ces différences. Mais il est vrai aussi que beaucoup d’autres n’ont jamais réussi à accueillir ces différences.

Au cours des siècles, la xénophobie s’est concrétisée dans toutes les civilisations et a été la cause de milliers de persécutions et de milliers de lois discriminatoires. La règle était simple : nous sommes les plus nombreux et nous vivons sur ce territoire depuis très longtemps, donc, vous n’avez pas le choix : vous devez vivre comme la majorité.

Pourquoi ce réflexe ? Pourquoi ce besoin d’uniformité ? Pourquoi avons-nous naturellement peur de la différence ? Pourquoi sommes-nous spontanément méfiants des étrangers ?

Nous souffrons, comme disait la juge, d’une allergie visuelle. Cette peur et cette méfiance totalement non fondées sont présentes en chacun de nous. Ces réactions sont à la fois intenses et discrètes au point où il est parfois difficile d’en prendre conscience. Et pourtant, elles imprègnent quotidiennement et sournoisement nos comportements et nos commentaires.

Par exemple, suite à une erreur commise par un étranger, le blâme ne sera-t-il pas généralisé et attribué à tous les membres de sa communauté ? Le service rendu à un étranger ne pourrait-il pas être de moins bonne qualité ? Cela pourrait arriver en mécanique automobile ou en médecine ou en sécurité policière ou en n’importe quel autre domaine.

Suite à une sélection, le choix ne portera-t-il pas en priorité sur un membre de la société d’accueil ? Lorsqu’il s’agit de location d’appartements ou d’embauche de travailleurs, l’étranger ne risque-t-il pas d’être plus facilement refusé qu’un membre de la société majoritaire ? Quelles sont les conditions normatives et salariales des étrangers dans les entreprises agricoles, hôtelières, ménagères et autres ? De quelles manières sont traités les étrangers par les corps policiers et dans le système carcéral ?

La couleur de la peau, le nom, le vêtement, le signe religieux, l’orientation sexuelle constituent des éléments qui suscitent arbitrairement et injustement la discrimination.

Or, aujourd’hui, nous savons que le concept de racisme s’applique à toute forme de discrimination : sexiste, raciale, homophobe, religieuse. Comment peut-on affirmer que le racisme n’existe pas au Québec ? N’est-ce pas faire preuve d’aveuglement volontaire ?

Les conséquences de toute discrimination sont nombreuses : l’ostracisation et son lot d’intimidations, l’isolement et la formation de ghettos, le chômage endémique et la difficulté d’intégration, la pauvreté et son lot de criminalités, le profilage racial et les bavures policières.

Ces gestes d’exclusion que l’on voit aux États-Unis se manifestent aussi dans notre société blanche chrétienne québécoise avec les membres des communautés autochtones, haïtiennes, africaines, asiatiques, LGBTQ, arabes, juives, musulmanes.

Non seulement nous sommes conscients de cette attitude malsaine, mais nous la défendons. Nous n’avons qu’à lire ou écouter les propos que l’on retrouve dans les médias ou dans notre entourage. En cela, nous ressemblons à toutes les nations du monde qui mettent au ban de leur société les gens qui ont des particularités en lien avec la race, la religion, l’orientation sexuelle, la culture.

Obsédés par une uniformité totalement inexistante dans la nature, non seulement nous piétinons la richesse extraordinaire de leurs différences, mais en plus, nous adoptons des lois discriminatoires. Tous ces gens ostracisés crient « nous voulons respirer », mais leurs voix sont totalement absorbées par la puissance de nos préjugés. Quelle horreur !

André Beauregard, Shefford