Karine Savary
Karine Savary

Québec risque de perdre sa mémoire, point final!

LA VOIX DES LECTEURS / Jean-François Nadeau, dans Le Devoir récemment, sonnait à nouveau l’alarme dans un article intitulé Québec risque de perdre sa mémoire religieuse. Il y relatait les dangers de perte de notre patrimoine archivistique, particulièrement celui provenant de ces communautés d’hommes et de femmes qui ont façonné le Québec en matière d’éducation, de soins de santé et d’œuvres caritatives.

De nombreux témoignages d’historiens, d’archivistes, et d’autres professionnels qui s’abreuvent à de telles sources sont touchés et s’inquiètent des suites de l’alarme lancée il y a quelques mois, toujours par M. Nadeau, concernant la mise à pied des professionnels en place chez les Sulpiciens, jusque-là responsables de la sauvegarde de leurs trésors. Les conséquences de telles pertes seraient catastrophiques. Un discours qui, malheureusement, est porté depuis des années par les différents regroupements et associations du patrimoine documentaire : les archives, et par le fait même notre histoire, sont en péril. Nous devons dès maintenant nous y concentrer et trouver des solutions pérennes. Nous sommes tous du même avis. Comment expliquer alors l’apparente indifférence de l’État dans ce dossier, malgré l’intention de classement, publiée par la ministre Nathalie Roy?

Par ailleurs, à titre de représentante du Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec, j’ai, à maintes reprises, à l’instar de plusieurs de mes collègues des 20 dernières années, exposé, exprimé, demandé, formulé sur plusieurs tribunes la nécessité d’une action concertée et de budgets bonifiés entre autres pour Bibliothèque et Archives nationales du Québec, afin que cette institution nationale puisse pleinement jouer son rôle et ainsi consentir des aides financières adéquates pour la gestion et la préservation de tous les types d’archives au Québec, peu importe leurs origines et leur localisation.

Récemment, la ministre Roy annonçait son intention de «rénover» la Politique culturelle. C’est un bon début. Mais a-t-on véritablement compris l’urgence d’agir? Alors que le patrimoine bâti est « sauvé » in extremis du gouffre sous les pressions politiques et citoyennes à la suite des catastrophes que nous avons connues, que va devenir le patrimoine documentaire? Qui? Quand? Quoi? Et comment arriverons-nous à faire bouger les choses, à délier les cordons de la bourse de l’État et que les élus comprennent l’importance et la nécessité d’agir?

Dans le même article, Simon Bissonnette, le directeur du Centre d’archives et de patrimoine religieux de Montréal, affirme que « dans cinq ans, il sera trop tard ». Quant à David Bureau, président du Regroupement des archivistes religieux, il va plus loin et déclare : «le Québec fonce droit vers un mur, dans la plus totale indifférence des ministres concernés. »

Demeurons optimistes et souhaitons que la ministre fasse preuve de leadership sur cette question. Georges-Émile Lapalme est le tout premier ministre des Affaires culturelles et on le dit le père de la Révolution tranquille. Jean-Paul L’Allier, huitième ministre, compose le Livre vert et accentue la régionalisation des structures culturelles. Denis Vaugeois, ministre de 1978 à 1981, se consacre à la défense du patrimoine et au développement des bibliothèques et des musées. Puisse Nathalie Roy marquer de son sceau un avenir meilleur pour notre culture collective, notre mémoire et notre patrimoine, et ce pour longtemps.

Karine Savary 

Présidente, Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec