Quand les bottines suivent les babines

On nous apprenait dernièrement que les fous de Bassan étaient en péril au Québec. Mais une décision du premier ministre fait en sorte que les personnes âgées le sont aussi. Celui qui a déjà dénaturé le réseau de la santé et des services sociaux du temps qu'il était le titulaire de ce ministère poursuit son oeuvre. Ce bon docteur, maintenant premier ministre, annonce des fermetures de lits et des abolitions de postes dans les CSSS du Québec. Il affirme du même souffle et sans rire que les coupes demandées n'affecteront pas les services et soins directs aux patients : nouvelle fiction entretenue par ce gouvernement. Nous sommes loin du temps du bon docteur Welby; au moins, nous savions que c'était une fiction qui durait cinquante minutes.
Un autre bon docteur, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec celui-là, nous avait prévenu. Il nous a dit qu'il savait où et comment couper; ce n'est pas une fiction. C'est sans compter qu'un autre bon docteur s'est rempli les poches avec l'argent des contribuables, ça non plus ce n'est pas une fiction. À regarder ce trio de beaux parleurs, la population a compris très vite, et trop tard, qu'il ne faut jamais se fier aux belles paroles. Ce sont les attitudes ou les gestes qui sont importants. Au 17e siècle, Francis Bacon a déjà formulé une expression qui disait sensiblement : « Parlez, parlez, il en restera toujours quelque chose ». Il appelait ça de la jactance, mot disparu de notre vocabulaire, mais qui signifie : arrogance, vantardise, suffisance. Plus simplement et malheureusement pour les petits Caliméro que nous sommes, nous pouvons reconnaître que les bottines suivent les babines de ce trio : ils nous avaient prévenus. Mais encore une fois, ce sont les plus démunis et les plus vulnérables qui sont touchés dans leur dignité : les « p'tits vieux ».
Ensemble, on s'occupe des vraies affaires, nous disaient-ils au printemps dernier. Et une grande partie de la population a cru à leurs belles paroles. C'est l'adaptation moderne de la fable de Jean de la Fontaine, La cigale et la fourmi. À moins que ce soit la confirmation du proverbe « qui choisit prend le pire ». Que voulez-vous, disait un ancien premier ministre. Ce n'est pas la première fois et possiblement pas la dernière fois que les « p'tits vieux » ont à subir le scalpel d'un gouvernement, c'est une tradition ou une coutume politique bien établie. De toute façon, ce ne sont pas eux qui manifesteront dans les rues et plusieurs d'entre eux ne seront plus de ce monde lors de la prochaine élection.
C'est vrai qu'un CHSLD coûte cher, mais le centre d'hébergement qui coûte le plus cher est situé sur la Grande allée à Québec. Pourtant, ce n'est pas le plus grand, nous y retrouvons, quand tout le monde est présent, 125 individus qui prétendent représenter la population du Québec. Avec des amis comme ceux-là, inutile d'avoir des ennemis. 
Que cela ne tienne, tous les CSSS du Québec et tous les « p'tits vieux » du Québec, surtout ceux hébergés dans un CHSLD, subiront une autre fois une décision du bon docteur. Il nous l'a dit : « Ensemble, on s'occupe des vraies affaires ». Vous ne le saviez pas, maintenant on le sait : Ensemble, ça exclu la personne qui parle : c'est un adverbe ou un nom impersonnel. Aussi bien s'y faire, nous en avons jusqu'en 2018. Consolons-nous, il y a pire ailleurs.