Prévention de la COVID au travail : un système à deux vitesses

LA VOIX DES LECTEURS / On apprenait cette semaine que le nombre de plaintes à la CNESST a explosé pendant la pandémie. Plusieurs travailleurs et travailleuses se sont tournés vers la CNESST pour rendre leurs milieux de travail sécuritaires, avec des résultats souvent mitigés puisque l’organisme a été débordé.

C’est que la prévention en milieu de travail fonctionne à deux vitesses au Québec. Il y a les travailleurs visés par les mécanismes de prévention de la Loi sur la santé et la sécurité du travail et... il y a les autres! Ce fossé se révèle encore plus avec la crise de la COVID-19.

La prévention de la COVID-19 en milieu de travail sera efficace seulement si les travailleurs sont impliqués directement sur le terrain. Québec doit achever le travail commencé dans les années 1970 et étendre à tous les milieux de travail les mécanismes de prévention qui prévoient la participation des travailleurs. Ceux-ci sont les mieux placés pour la mise en place des pratiques sécuritaires et, dans le contexte actuel, pour prévenir une deuxième vague de COVID-19.

Le Syndicat des Métallos représente 60 000 travailleurs et travailleuses au Québec dans plus de 600 milieux de travail. Dans plusieurs secteurs de l’industrie lourde où nous sommes présents, des mécanismes de prévention impliquant les travailleurs sont en place, comme prescrit par la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Deux de ces mécanismes sont le comité de santé et sécurité paritaire composé de représentants de l’employeur et des travailleurs et un représentant à la prévention qui intervient directement auprès des travailleurs et de l’employeur.

Pendant la pandémie, ces mécanismes ont été mis à l’œuvre et un travail colossal a été effectué grâce à la collaboration des employeurs et des travailleurs syndiqués afin de limiter la propagation du virus. Les changements apportés ont été d’autant plus efficaces qu’ils étaient définis avec les représentants des travailleurs.

Mais voilà, seulement 11,6 % des travailleurs sont couverts par ces mécanismes, selon le rapport du Vérificateur général pour l’année 2019-2020, qui déplorait d’ailleurs une « iniquité marquée entre les travailleurs quant à la prise en charge de la prévention en santé et sécurité dans leur milieu de travail. »

Chez les Métallos, on a pu remarquer pendant la pandémie à quel point l’écart est grand entre les secteurs dits prioritaires et les autres. Les choses tournent beaucoup plus rondement dans les secteurs où s’appliquent les mécanismes de prévention et, par conséquent, où les travailleurs sont impliqués.

Selon les dernières statistiques disponibles, 226 personnes sont décédées en 2018 des suites du travail. Plusieurs de ces décès étaient évitables. On notait par ailleurs pour la même année une hausse de 18 % des maladies professionnelles et de 6,4 % des accidents de travail, par rapport à l’année précédente. On doit faire mieux!

Le ministre du Travail promet depuis plus d’un an une réforme de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, laissant entendre qu’on y améliorerait la prévention. Cette réforme a malheureusement été reportée à plusieurs reprises.

Pour notre santé à tous, le gouvernement doit rendre obligatoires des mécanismes de prévention qui impliquent la participation des travailleurs dans tous les milieux de travail. Cette réforme-là ne peut plus attendre!

Dominic Lemieux

Directeur québécois du Syndicat des Métallos