Pourquoi les peuples aiment tant être enfarinés ?

Il y a certainement un grave problème psychologique. En effet, depuis les années 1980, les peuples s’enfoncent volontairement dans la misère collective tant au plan politique, économique qu’environnemental.

Il y a une espèce d’aveuglement obstiné et inexplicable qui pousse la majorité des citoyens à voter pour des programmes politiques et économiques basés sur des faussetés et d’immenses préjugés. Il y a soit un refus, soit une incapacité chronique à réfléchir et à analyser les discours. Le populisme ambiant gèle imperceptiblement nos neurones et nous habitue à ne voir la situation ni en profondeur, ni globalement, ni plus loin que le bout de notre nez.

On traite de « pelleteux de nuages » ceux et celles qui promeuvent la dignité de la personne et la solidarité sociale, mais les vrais pelleteux de nuages, qui sont-ils ? Ne sont-ce pas les faux « bons pères de famille », ces politiciens qui choisissent de ne pas réparer la plomberie, la toiture et le chauffage de la maison et de ne pas payer les inscriptions des enfants pour les activités culturelles et sportives et de ne pas dépenser dans l’achat d’aliments de qualité, de remèdes nécessaires et de bons vêtements mais, se targuent d’avoir fait des surplus budgétaires ? Depuis plusieurs décennies, Lucien Bouchard, Jean Charest, Philippe Couillard et François Legault ont obligé ou obligeront les Québécois — en particulier et toujours les plus vulnérables — à se serrer la ceinture et à vivre dans les conditions inacceptables d’une austérité perpétuelle, injustifiée et injustifiable.

Ces partis politiques (qui fanfaronnent dans les sondages) nous enfarinent quotidiennement en jouant au père Noël et en nous promettant des cadeaux empoisonnés ; nous les écoutons béatement, nous les applaudissons, nous les appuyons. Pourquoi ? Parce que nous croyons à leurs politiques du yo-yo. Comme de bons pelleteux de nuages, ils promettent, la main sur le cœur et sans honte, qu’ils vont, d’une part, baisser bêtement les impôts des particuliers (40 % des citoyens n’en paient pas) et ceux des entreprises (les multinationales qui placent des milliards dans les paradis fiscaux) ; ils vont, d’autre part, détruire et privatiser sadiquement le système de santé, le système scolaire et le filet social. Voilà le programme néolibéral qui tue lentement mais sûrement. Le petit pourcentage de gens qui s’oppose à ce clivage social injuste et révoltant est peut-être clairvoyant mais, la majorité silencieuse guidée par la naïveté et la cupidité vote en faveur de ces politiques anti sociales, anti démocratiques, anti environnementales. C’est le triomphe du populisme, celui qui appuie et exploite les préjugés et les faussetés.

Les électeurs de Donald Trump se retrouvent dans tous les pays du monde y compris au Québec. La campagne électorale déjà commencée est déjà corrompue par le discours qui conduit la société québécoise vers son déclin mais, on s’en fiche tellement. Nous préférons nous enfermer dans un confort apparent, fataliste et cynique. Quand le jour J arrivera, comme des automates, nous élirons aveuglément nos Donald Trump et nous placerons ainsi nos tortues sur les piquets du pouvoir.

André Beauregard

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