Pour une société qui refuse trente-trois mille suicides

Au Québec, le suicide nous a presque tous enlevé quelqu'un de cher. Chacun, nous avons le sentiment d'avoir à subir cette épreuve isolément.
Pourtant, plus d'un millier de personnes s'enlèvent la vie chaque année, ce qui équivaut à trois par jour. En 2009, nous avons ainsi perdu 830 hommes et 233 femmes, de tous les âges, de tous les milieux sociaux et de toutes les régions du Québec.
À ce rythme, nos collectivités se seront appauvries de 33 000 personnes dans 30 ans. En une génération, c'est l'équivalent d'une ville entière qui aura disparu.
N'y a-t-il rien à faire?
Pouvons-nous faire davantage qu'espérer être épargnés?
Quel est notre pouvoir sur ce fléau?
Contrairement à une idée reçue, le suicide n'est pas uniquement un choix individuel et rationnel. Ceux qui se suicident ne veulent pas mourir: ils veulent arrêter de souffrir. Ils veulent sortir d'une souffrance à laquelle ils ne voient plus d'issue. Il est donc primordial d'offrir à ces personnes en détresse, ainsi qu'à celles qui sont les témoins de leur souffrance, les ressources et les outils nécessaires.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le suicide n'est pas universel: les taux varient d'un pays à l'autre, se situant même à de très bas niveaux dans certaines sociétés. Dans ces endroits, le suicide n'apparaît pas comme une solution acceptable pour mettre fin à une trop grande souffrance. D'autres options sont envisagées. Il est temps qu'il en soit ainsi dans nos communautés.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le suicide n'est pas une fatalité: nous avons le pouvoir de le réduire. Au cours des dernières années, la prévention du suicide a fait des progrès significatifs: les taux ont baissé de 32 % en 10 ans, et la baisse est surtout marquée chez les jeunes de 15 à 35 ans, auprès desquels la prévention a été la plus intense. Ailleurs aussi, les succès de la prévention montrent qu'il est possible d'obtenir un effet significatif sur les taux de suicide.
En tant que proche, collègue de travail, employeur, intervenant, que la relation soit ponctuelle ou durable, il est essentiel de pouvoir se référer à des ressources qui permettront de sauver des vies. C'est là que les centres d'aide et de prévention, les lignes téléphoniques, les programmes d'aide aux employés, l'accès aux services de santé et à toute autre ressource deviennent indispensables, où la prévention et le soutien prennent tout leur sens.
La prévention est efficace, nous croyons que nous devons faire encore plus d'efforts. Nous voulons que dans 30 ans, le Québec ne se soit pas appauvri de 33 000 personnes. Nous voulons que demain, le Québec ne perde pas trois de ses membres. Nous voulons qu'aujourd'hui, le Québec se donne les moyens d'agir.
Il nous appartient à tous d'investir les énergies nécessaires dans chacun de nos milieux. Soyons acteurs de changement. Nous croyons qu'ensemble, nous avons les moyens de réduire ces décès, afin d'atteindre le seul résultat satisfaisant: celui de ne plus perdre un seul des nôtres par suicide.
Nous voulons bâtir une société au sein de laquelle personne ne met fin à ses jours.
Engagez-vous avec nous, en affirmant que le suicide n'est pas une option sur www.ajoutermavoix.com.
Signataires:
Madame Renée Martel, Chanteuse
Monsieur Louis Garneau, Président de Louis Garneau Sports Inc.
Madame Régine Laurent, Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
Docteur Louis Godin, Président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)
Monsieur Pierre Pariseau-Legault, Président de la table de concertation des forums jeunesse
Monsieur Bruno Marchand, Directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS)