Pour une éthique de la sollicitude

LA VOIX DES LECTEURS / La crise sanitaire et ses répercussions calamiteuses dans les CHSLD dévoilent avant tout les apories du système économique.

Ce dernier privilégie, sur le plan éthique, certains secteurs au détriment d’autres. Cette éthique capitaliste jumelée à une conception utilitariste et patriarcale se définit en fonction des coûts/bénéfices rejetant toutes les « externalités », c’est-à-dire toutes les dimensions autres que financières. Or, le capitalisme et le patriarcat cherchent avant tout à dissimuler ces choix éthiques en les camouflant sous le manteau illusoire de la toute-puissance et d’une hiérarchisation de la société. Poussée à l’extrême, cette logique ne conduit-elle pas à une forme d’eugénisme économique?

L’actuelle pandémie invite à un changement de paradigme éthique. Une approche différente s’est développée depuis plusieurs années. Il s’agit de l’éthique féministe de la « sollicitude » (care) qui peut se définir ainsi: « [comme l’] activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre ‘’monde’’ de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous les éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie » (citée par Naïma Hamrouni, 2015). Elle traduit en termes politiques et économiques l’importance de chaque être et évite le sexisme où le care est associé au « féminin ».

L’éthique féministe du care postule que la relation et la vulnérabilité, non seulement des personnes fragilisées, sont inhérentes à tout vivant.  Elle accorde plutôt une priorité au bien-être des personnes s’inscrivant au cœur d’une toile complexe de relations. Ce qui soutient directement la vie est davantage valorisé. Une telle posture éthique favorise la coopération aux niveaux locaux, régionaux, nationaux et planétaires. Elle garantirait ainsi une économie viable à long terme tout en répondant pleinement aux besoins fondamentaux tant matériels, relationnels, psychologiques que culturels. La crise actuelle nous offre la possibilité d’adopter une autre tangente afin de construire ensemble un devenir meilleur.

Patrice Perreault

Granby