Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Port du masque à l’extérieur: retour sur une volteface malaisante

Article réservé aux abonnés
LA VOIX DES LECTEURS / L’obligation et le retrait : j’ai été très surpris quand le gouvernement a décidé de rendre obligatoire le port du masque à l’extérieur. J’ai été tout aussi surpris de voir à quelle vitesse il est revenu sur sa décision.

Devant un tollé qui fusait de toute part, le gouvernement Legault a fait une volteface en moins de 24 heures. Le monde du golf a eu une réaction particulièrement forte. (Port obligatoire du masque au golf: «On joue sur notre moral», La Voix de l’Est) En tant que golfeur, la réaction et la volteface m’ont soulagé. Je n’avais vraiment pas envie de porter un masque sur le terrain.

Le malaise : après un court moment de réjouissance, par contre, j’ai ressenti un malaise. La décision me semblait, avant tout, politique. Il s’agissait d’inonder son indignation dans l’espace public pour qu’on change de cap. À ce moment-là, le gouvernement n’avait pas encore changé sa politique de vaccination pour prioriser les personnes atteintes de déficiences intellectuelles et développementales. Seules les personnes vivant en établissement étaient prioritaires.

Le contraste entre les deux temps de réaction est frappant. Il aura fallu plusieurs mois de témoignages, de critiques, de revendications et finalement une procédure judiciaire pour que le gouvernement reconnaisse la vulnérabilité accrue des personnes concernées. Même si je suis un passionné de golf, il était difficile de se réjouir quand les plus privilégiés d’entre nous ont eu gain de cause aussi rapidement, alors que les plus vulnérables d’entre nous ont subi la sourde oreille pendant des mois.

La prudence : après réflexion, j’ai réalisé que mon malaise venait aussi du fait que la consigne n’était pas sans fondement. On avait de bonnes raisons d’obliger le port du masque à l’extérieur. Les opposants n’ont pas manqué de clamer, avec raison, que la décision du gouvernement ne reposait sur aucune donnée scientifique.

Par contre, le gouvernement aurait pu s’appuyer davantage sur le principe de prudence. Même s’il n’y a pas encore de preuves scientifiques pour appuyer le port du masque à l’extérieur, les inconnus concernant les variants, combiné aux délais de vaccination, pourraient nous inciter à prendre des mesures préventives additionnelles. En fait, le port du masque à l’extérieur est un inconvénient mineur dans la balance pandémique.

Entre l’inconfort relatif d’un masque et la possibilité de ralentir la progression des variants, on choisit quoi ? Ne serait-il pas mieux, s’il y a erreur, d’errer par excès de prudence ? Je me demande aussi si, avec le temps, nous respecterons toujours les deux mètres sur les terrains de golf ? L’an dernier, j’ai eu la nette impression que plus la saison avançait, plus les golfeurs se rapprochaient.

Vers une culture du masque : le masque a été le mal-aimé de la pandémie. Le directeur de la santé publique l’a rejeté pendant plusieurs mois. Certains l’ont accusé de brimer leur liberté. D’autres l’ont porté tout en le maudissant. Certains l’ont perçu comme l’ennemi de leurs enfants.

Malgré tout, on commence à s’y habituer. Nous sommes loin du regard suspicieux que nous dirigions vers les personnes qui le portaient au début de la pandémie. Porter le masque à l’extérieur pourrait nous mener un pas de plus vers une culture du masque, une avancée importante qui nous servirait bien à l’avenir. En Italie, le port du masque à l’extérieur a contribué à développer une culture qui n’existait pas avant la pandémie.

Si nous avons toujours besoin de relativiser le port du masque, nous n’avons qu’à penser à ces millions d’adultes et d’enfants britanniques qui devaient porter le masque à gaz durant la Deuxième Guerre mondiale, sous peine d’amendes. On pourrait aussi penser à ces 1,5 million d’enfants qui ont été évacués des villes vers les campagnes et outre-mer, certains sans jamais revoir leurs parents.

Disons que je n’étais pas trop compatissant quand j’ai lu que des golfeurs se plaignaient qu’ils devaient porter un masque sur le terrain. Si le problème se pose, c’est parce qu’on joue au golf. Et si on joue au golf, il est quelque peu indécent de se plaindre d’un inconfort très relatif alors que nous sommes parmi les personnes les plus privilégiées de la planète. Je me considère tellement chanceux de pouvoir jouer que je serais prêt à porter une jupe écossaise si l’on apprenait que le kilt pouvait nous protéger contre les variants.

Ronald Morris

Sutton