Pluralisme religieux

On aborde la pluralité des convictions philosophiques ou religieuses en fonction de leurs doctrines ou rituels. J’attire l’attention sur une autre forme : le rapport entre les sujets et leurs convictions. Je m’appuierai sur certains travaux comme ceux de P. Gmünder et F. Oser sur la structure de la pensée religieuse en contexte chrétien pour indiquer la dominante de chaque approche. 

La première est celle de la toute-puissance : Dieu accomplit tout et l’être humain se soumet à sa volonté. La seconde approche est désignée par l’expression « l’influence réciproque » : la personne peut influencer Dieu au moyen de prières. En échange, elle accepte la volonté divine. « Chacun son domaine » caractérise la troisième approche : le sujet prend conscience de son libre arbitre. Le domaine numineux se borne alors aux rituels apportant un soutien et un réconfort.

La notion de « plan divin » constitue la spécificité d’un quatrième regard : si l’être humain se révèle autonome, la divinité demeure la garante des conditions dans lesquelles la liberté se déploie. Le sujet peut choisir ou non d’adhérer au « plan » qui se réalisera inexorablement. Un exemple l’illustre : « Afin d’accomplir son plan, Dieu m’a appelé pour une vocation : devenir une agente de pastorale, un prêtre ou un missionnaire pour annoncer l’idéal évangélique ».

Une cinquième approche est celle de « l’immanente transcendance » : si la divinité demeure la condition ultime de l’être, le rapport devient totalement intramondain. Le « plan » cède la place à la relation contextualisée à l’autre avec toutes les conséquences qui en résultent. Un énoncé l’exemplifie : « Ma vocation, celle d’agente de pastorale, de prêtre ou de missionnaire, correspond à mes aspirations profondes, aux événements survenus, à ma culture familiale, à mon éducation. C’est une voie possible, parmi d’autres, pour vivre l’idéal perçu dans l’évangile et de tenter de contribuer ainsi au monde ». Une dernière approche est celle de l’amour universel. Le sujet accueille et accepte complètement la condition humaine tant dans ses forces que ses difficultés. Cette sixième approche se remarque de façon extrêmement rare dans les milieux croyants. Des individus exceptionnels tels que Gandhi ou Martin Luther King jr ont intégré cette voie. Dans les communautés chrétiennes, ce sont les cinq premières approches qui sont les plus fréquemment observées.

L’attention accordée à une telle typologie nous incite à privilégier le respect face au développement psychoreligieux et spirituel. Cela n’évite-t-il pas d’associer indûment une approche à une unique normativité des convictions religieuses ou spirituelles ? Une telle dérive ne risque-t-elle pas de se manifester dans certains milieux affirmant qu’une seule approche correspond à ce qu’ils appellent une « belle foi » tout en rejetant les regards différents sur cette réalité ? Dans le contexte contemporain, n’importe-t-il pas d’apprendre à découvrir la richesse, dans le dialogue, du point de vue de l’autre ? Une telle dynamique aurait l’avantage de favoriser un accueil encore plus grand des personnes en ne dogmatisant pas une conception particulière face à une autre. 

Patrice Perreault

Granby