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Pandémie et biais cognitifs

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LA VOIX DES LECTEURS / La pandémie de COVID-19 a mis en relief plusieurs biais cognitifs comme, par exemple, celui de la confirmation (la tendance innée à privilégier les renseignements confortant les a priori ou nos convictions en écartant inconsciemment les faits qui démentent nos opinions).

Songeons aussi au sophisme du «juste milieu » (qui a tendance à considérer que la réalité se situe toujours au centre de deux positions diamétralement opposées) ou le biais de la perception de configuration illusoire (on établit une relation causale à ce qui ne peut être qu’une coïncidence ou une simple corrélation d’évènements aléatoires). Plusieurs médias les ont abondamment expliqués depuis deux ans.

Mon propos est d’attirer l’attention sur un biais cognitif peu traité. Il s’agit de l’effet Dunning-Kruger. Le biais Dunning-Kruger consiste à surévaluer les connaissances et les compétences dans des sciences que des personnes maîtrisent peu. Le philosophe des sciences, Étienne Klein souligne que l’effet Dunning-Kruger apporte l’illusion d’une plus grande maîtrise, car en général les articles glanés ici ou là sur la toile ne révèlent aucunement la subtilité du réel.

En approfondissant davantage, la personne perçoit alors l’abysse entre ses premières représentations plus candides et l’immense complexité de la réalité. Étienne Klein résume ainsi le mécanisme du biais Dunning-Kruger : « L’ignorance rend plus sûr de soi que la connaissance. Ce n’est en effet qu’en creusant une question, en s’informant, en enquêtant sur elle, qu’on la découvre plus complexe qu’on ne l’eût soupçonnée. On perd alors son assurance, pour la regagner peu à peu à mesure que l’on devient compétent — mais tentée de prudence, désormais. » (Étienne Klein, Le goût du vrai, 2020, p.17)

Nous somme toutes et tous touchés par ce phénomèn, particulièrement en contexte pandémique. Par exemple, des personnes manifestement ingénues « qui ont fait leurs recherches » critiquent, parfois avec virulence, des spécialistes en immunologie, infectiologie ou en santé publique. Or, quelques lectures de sites numériques ne suffisent nullement pour devenir expert. Rappelons que des gens s’investissent des années, à l’université, pour parvenir à maîtriser ces champs du savoir. Il s’agit alors de reconnaître que des spécialistes qui ont passé leur vie à étudier un domaine se révèlent plus compétents que le profane qui s’y initie (je m’inclus entièrement dans le groupe des inexperts). C’est pourquoi pour des néophytes, il convient de faire montre de circonspection lors de l’expression d’opinions.

Une voie prometteuse pour échapper à l’effet Dunning-Kruger serait de favoriser la vulgarisation en engageant davantage de journalistes scientifiques dans l’ensemble des médias. Plus globalement, ce qui atténuerait l’impact de ce biais cognitif serait de valoriser et de favoriser l’éducation aux arts, aux sciences humaines et aux sciences de la nature. Si 10% de la passion accordée au sport national du Québec (le temps imparti au hockey serait quand même de l’ordre de 90%!) était consacré à l’acquisition d’une culture générale, le peuple québécois serait le plus cultivé de la planète!

Patrice Perreault

Granby