Denis Forcier propose au Parti québécois, dès son congrès de septembre, d'envisager et de proposer aux Québécois lors de la prochaine campagne électorale un référendum non classique et d'affirmation nationale.

Notre langue périra sans affirmation nationale

À la suite de la publication des données du recensement de 2016 de Statistique Canada le 2 août dernier, plusieurs textes ont été publiés dans les pages du Devoir visant, en général, à sonner l'alarme quant à l'état du français. En effet, celui-ci perd du terrain au profit de l'anglais tant au Canada qu'au Québec. Si cette tendance est inquiétante, tant au niveau de la langue parlée à la maison qu'au niveau de la langue d'usage, et ce sur un espace de 5 ans seulement de 2011 à 2016, on peut bien sûr imaginer le pire sur un espace de 30 ans, voire de 150 ans. Alors, que faire ?
Il y a ceux qui estiment qu'il ne faut pas trop s'en faire, qu'il n'y a pas lieu de renforcer la loi 101, mais qu'il faut plutôt améliorer les programmes de francisation pour les immigrants. Il y a ceux qui, au contraire, estiment que la seule solution à court terme est justement de renforcer la loi 101 et, à moyen terme, de réussir l'indépendance du Québec pour enfin disposer de tous les pouvoirs en ce domaine. Puis, il y a ceux qui suggèrent d'étudier la question attentivement, car elle est préoccupante.
C'est ainsi que dans le Devoir du 5 août, Fatima Houda-Pepin ne proposait rien de moins que la constitution d'un chantier national dans les termes suivants : « La situation qui est devant nous est assez critique. Elle commande un leadership fort, crédible et consensuel, comme l'Assemblée nationale sait le faire lorsque les intérêts supérieurs du Québec sont placés au-dessus de toute partisanerie­ politique. »
Elle propose donc un chantier de la langue française présidé par deux person­nalités québécoises de haut niveau... pour mobiliser les forces vives du Québec­ afin de faire un état des lieux et d'identifier les « politiques, les programmes... et les avenues de solutions qui susciteraient l'adhésion de la population au lieu de la diviser. » Et elle concluait : « Le déclin du français au Québec n'est pas un problème conjoncturel. C'est une tendance lourde dont les voyants sont allumés depuis longtemps. Elle ne peut être renversée que par une action vigoureuse du gouvernement, dont c'est la première­ responsabilité. »
Est-ce que, à son invitation, le gouvernement Couillard constituera ce chantier ? On peut en douter sérieusement. Il ne peut donc être le fait que du Parti québécois, qui devrait le proposer lors de la prochaine campagne électorale. Mais celui-ci devrait faire davantage et susciter un large mouvement d'affirmation nationale, la seule façon, à long terme, de protéger et de promouvoir notre langue française, celle-ci étant au coeur même de notre identité nationale dont la promotion doit être constante et, à mon avis, ne peut plus exclusivement compter sur l'éventualité d'un Québec indépendant à la suite d'un référendum gagnant, lequel n'est même plus au programme du Parti au moins pour les six prochaines années.
Je propose donc au Parti québécois, dès son congrès de septembre, d'envisager et de proposer aux Québécois lors de la prochaine campagne électorale un référendum non classique et d'affirmation nationale selon les termes et dispositions­ suivantes : 
1) Tenir un référendum dans le mandat de 2018 sur la souveraineté du Québec avec un Oui souhaité à 55 % pour procéder à la rupture d'avec le Canada. 2) Si le résultat se situait plutôt entre 50 % et 55 %, une proposition, selon un échéancier déterminé, serait faite au Canada de reconnaître la nation québécoise dans la Constitution avec, en particulier, des pouvoirs souverains additionnels en matière de langue, de culture et d'immigration. En l'absence de résultats positifs, une déclaration unilatérale d'indépendance par l'Assemblée nationale suivrait dans les meilleurs délais. 3) Si le résultat du référendum était de moins que 50 %, une assemblée constituante serait instituée pour doter le Québec­ de sa propre Constitution, laquelle prévoirait un référendum obligatoire à chaque 15 ans sur l'indépendance du Québec, et ce, selon la norme démocratique du 50 % plus une voix. 
Tenir ce chantier sur la langue française tel que proposé par Fatima Houda-Pepin et ce type de référendum, j'ose dire que c'est ce que le Québec a besoin rapidement pour garantir à la fois son identité nationale et la pérennité de la langue française.
Pour protéger à long terme notre langue française, s'en tenir à proposer, comme l'a fait Jean-François Lisée le 10 août dernier, une loi 202 dans les 101 premiers jours de la prise du pouvoir en 2018 par le Parti québécois, c'est créer la probabilité d'une répétition de l'échec référendaire de 1980 tout juste après la promulgation de la loi 101 en 1977 et cela, pour le mandat de 2022 et le 3e référendum prévu. Cela sans compter la quasi-certitude que dans le contexte constitutionnel canadien actuel, il faudra encore dans le futur une autre loi, cette fois 303, puis 404, etc., et ce, peut-être, à tous les 50 ans. Est-ce ce dont la nation québécoise et la langue française ont besoin à ce moment-ci de notre histoire ?
Denis Forcier
Shefford