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Nos paysages sonores avant, pendant et après la pandémie

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LA VOIX DES LECTEURS / Ils ont beau dire qu’ils sont dans la légalité et qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent chez eux, les « faiseurs de bruit » n’en demeurent pas moins des pollueurs. Ils polluent nos paysages sonores et ils envahissent le territoire de leurs voisins jusqu’à leur pourrir la vie, dont la mienne. Aussi commencerai-je en parlant de mon propre environnement.

Alors que j’étais établie depuis plusieurs années en zone agricole dans un secteur relativement tranquille habité principalement durant la belle saison par le chant des rainettes, des oiseaux et du vent, et par le ronron du tracteur du fermier, je jouissais somme toute d’un paysage sonore plutôt agréable ponctué occasionnellement par quelques « nuisances » dites « normales ».

Or, j’ai gagné à la loterie des lots déstructurés, ce qui a eu pour effet de transformer le joli champ qui jouxte ma propriété en terrain de construction ad infinitum. Des travaux de remodelage du terrain, de tamisage du sol, de construction domiciliaire et d’aménagement paysager s’y étirent depuis sept années, sept années de ma vie de retraitée à appréhender et à subir des bruits de toutes sortes, à toute heure du jour et sans jamais savoir de quoi sera fait le paysage sonore de la journée. Une situation devenue encore plus pénible depuis le début d’un confinement qui limite grandement mes possibilités d’évasion.

Et ce n’est pas fini, car les voisins qui occupent ce lot ont érigé leur bâtiment secondaire en bordure de mon terrain, et il se trouve que ma maison est située près de cette bordure. D’ailleurs, personne de mes amis et de mon entourage ne comprend pourquoi ces voisins qui disposent d’un aussi grand terrain ont choisi de situer leur garage si près de ma maison.

Il résulte d’une telle proximité que le bruit et les vibrations de leurs nombreux véhicules et outils motorisés sont ressentis à l’intérieur de ma maison et de ma chambre à coucher. Et c’est d’autant moins fini que ledit terrain est encore sens dessus dessous. Ils continueront donc à me pourrir la vie en toute légalité entre 7h du matin et 8h du soir sans jamais tenir compte de l’heure des repas ni de mes visiteurs de fin de semaine.


« Peut-on encore parler de « nuisances normales » ou d’inconvénients inhérents à des travaux de construction quand le comportement de certains « faiseurs de bruit » est un mode de vie ? »
Monique Picard

Or peut-on encore parler de « nuisances normales » ou d’inconvénients inhérents à des travaux de construction quand le comportement de certains « faiseurs de bruit » est un mode de vie ? Si les règlements destinés à contrer le bruit varient d’une ville à l’autre, la plupart ne tiennent compte que de données quantitatives comme le nombre de décibels et l’horaire.

Et comme le souligne R. Murray Schafer dans son ouvrage intitulé Le Paysage sonore, si ces mesures protègent les citoyens « contre les sons physiquement destructeurs, elles ne règlent cependant pas le problème des nuisances psychologiquement éprouvantes ».

Depuis la parution en 1977 de ce livre écrit par celui qui est considéré comme le père de l’écologie sonore, bien peu de progrès ont été réalisés, et personne n’est à l’abri d’une dégradation de son paysage sonore et de sa qualité de vie. Se pourrait-il que la pollution sonore ait été une grande oubliée de nos préoccupations environnementales?

Et pourtant, de nombreuses études ont depuis longtemps démontré les effets négatifs du bruit sur la santé physique et psychologique. En 2014, l’OMS classait le bruit en deuxième rang des conditions environnementales nocives, derrière la pollution atmosphérique. (...)

Que peut-on penser alors de nos réglementations municipales actuelles? Quelle efficacité ont-elles pour contrer ce fléau et faciliter les rapports de bon voisinage? Dans l’état actuel des choses, à moins de recours collectifs comme dans le cas de Ciment Saint-Laurent, les individus victimes du bruit sont laissés à eux-mêmes face à des élus sans écoute et à des réglementations sans mordant.

En cas de poursuites, les recours aux Petites créances n’aboutissent qu’à des compensations financières dérisoires sans obligation pour les intimés de changer de comportement, et ceux à la Cour supérieure entraînent des frais exorbitants et des délais de plusieurs années. Ainsi, tant qu’il n’y aura pas de réelle volonté politique pour mettre une sourdine aux bruiteurs en tous genres, tant que les municipalités n’adopteront pas des règlements qui protègent réellement la qualité de vie de leurs citoyens, nos paysages sonores ne cesseront de se dégrader, que ce soit en ville ou à la campagne.

Si l’hiver vous a relativement protégé des nuisances sonores, que vous réserve le printemps? Quels sons avez-vous hâte d’entendre à nouveau? Lesquels redoutez-vous? À quoi ressemblera votre paysage sonore? En cette Année internationale du son, une initiative de la Commission internationale de l’acoustique et de la Semaine du son de l’UNESCO, il m’apparaît important de nous questionner sur les moyens à prendre pour protéger nos paysages sonores naturels et notre qualité de vie. Quant à moi, après avoir tenté sans succès de me faire aider par ma municipalité, j’ai décidé d’investir dans un mur végétal antibruit, en pleine campagne.

Monique Picard

Sutton