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Modèle agricole et achat local

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OPINIONS / Les auteurs, Simon-Pierre Savard-Tremblay et Yves Perron, sont députés du Bloc québécois à la Chambre des Communes. Ils sont respectivement porte-parole de leur parti en matière de commerce international et en matière d’agriculture, agroalimentaire et gestion de l’offre.

Depuis le début de la pandémie, nous redécouvrons les vertus de l’achat local et prenons collectivement conscience de l’importance de produire et de consommer chez nous. Cela garantit des retombées économiques, des emplois et des produits de qualité, en plus d’exprimer notre solidarité et notre reconnaissance envers nos artisans.

Au Québec, la gestion de l’offre est la base de notre modèle agricole, un outil pour préserver notre autonomie alimentaire. Cinq productions sont sous gestion de l’offre: le lait, le poulet, le dindon, les œufs de consommation et les œufs d’incubation. Le système repose sur trois mécanismes. D’abord, on contrôle la quantité de ce qui est produit pour éviter les surplus et pour bien en estimer les prix. En se basant sur ce qui est offert, les prix sont réglementés en fonction des coûts de production. On s’assure ainsi que chaque maillon de la chaîne puisse tirer un revenu juste sans que le consommateur paie trop cher ou subisse des variations de prix. Finalement, si on veut contrôler la quantité et le prix, on doit protéger nos frontières pour préserver notre marché des produits étrangers très subventionnés et coûtants beaucoup moins cher à produire.

Le dernier pilier, le contrôle de frontières, a été mis à mal dans les trois derniers accords de libre-échange. Ceux-ci forcent Ottawa à laisser entrer davantage de produits agricoles étrangers, en plus d’exiger la réduction substantielle des pénalités qu’elle imposait aux pays qui dépassaient la limite fixée. Le Canada a perdu les outils qui lui permettaient de bien protéger nos marchés de la concurrence. Résultats : plus de produits étrangers sur nos tablettes et des pertes permanentes pour notre industrie agricole.

Le Bloc québécois a soumis, depuis 2005, six motions pour demander au gouvernement de reconnaître et de défendre intégralement le système de gestion de l’offre. Non seulement elles ont été adoptées, mais elles l’ont été à l’unanimité. Le gouvernement va à l’encontre de la volonté de la Chambre en plus de nuire aux producteurs sous gestion de l’offre.

C’est pourquoi le Bloc québécois a déposé le projet de loi C-216 interdisant légalement toute brèche dans la gestion de l’offre. C-216 sera voté aujourd’hui. Si tous les partis affirment la main sur le cœur, être attachés à notre agriculture, ils devraient logiquement l’appuyer.

Or, conservateurs et libéraux souhaitent conserver la possibilité de mettre la gestion de l’offre sur la table advenant des négociations commerciales. Un député conservateur du Québec l’affirmait cette semaine sans détour: si son parti défend «fermement» la gestion de l’offre, il ne faudrait surtout pas se couper de «toute opportunité de croissance qui pourrait se présenter dans le futur». Défendre notre modèle agricole, oui, mais ne pas être obligé de le faire… Cela a le mérite d’être clair: quand elle n’est pas liée de façon contraignante, Ottawa laisse soudainement tomber la fermeté promise. Cela doit cesser.

Adoptons C-216. Les producteurs et transformateurs agricoles sous gestion de l’offre demandent tous l’appui du projet de loi du Bloc. L’Union des producteurs agricoles vient justement d’acheminer aux chefs de partis une lettre les enjoignant à adopter notre projet de loi. Les consommateurs ont également tout à y gagner. Il en va de l’avenir de nos économies rurales.