L'obsolescence programmée est une stratégie qui a vu le jour au début des années 1900 et qui vise à réduire la durée de vie d'un produit pour augmenter son taux de remplacement.

L'industrie du prêt à jeter

Votre imprimante arrête subitement de fonctionner, vos électroménagers sont plus dispendieux à réparer qu'à changer, vos appareils électroniques deviennent de plus en plus lents et impossibles de faire une mise à jour, vous avez une forte envie de changer votre voiture pour le nouveau modèle de l'année, et bien vous voilà victime de cette stratégie commerciale nommée l'obsolescence programmée.
L'obsolescence programmée est une stratégie qui a vu le jour au début des années 1900 et qui vise à réduire la durée de vie d'un produit pour augmenter son taux de remplacement. Elle se divise en deux grandes catégories, l'obsolescence de type psychologique qui est lié à la mode et au désir de changer pour un produit plus récent et l'obsolescence de type fonctionnelle qui se caractérise par des techniques mises en place par l'entreprise pour que le produit ne puisse plus être utilisé.
Le cas le plus célèbre de cette stratégie est certainement le cartel de Phoebus créé dans les années 1924 pour faire passer la durée de vie des ampoules de 2500 heures à 1000 heures en les fragilisant. Pourtant, un peu moins de 100 ans plus tard, ce phénomène se retrouve dans à peu près tous les produits que nous utilisons dans notre quotidien.
Un système économique néfaste
Cette pratique d'obsolescence programmée est en fait au coeur de notre économie. D'ailleurs, c'est grâce à elle que la croissance ne stagne pas puisque cela amène une surconsommation sans cesse des ménages qui gardent l'économie active, mais est-ce vraiment un bon système économique ?
Sur papier ce système semble bien, mais en pratique il apporte des conséquences extrêmement néfastes et il n'est pas viable à long terme. Les économistes ont comme objectifs une croissance illimitée, mais le problème c'est que les ressources sont limitées et l'obsolescence programmée amène un gaspillage de ressource phénoménal puisque les produits sont conçus pour être remplacés et jetés au lieu de miser sur un produit à long terme.
Aussi, les entreprises empochent la totalité des profits et n'ont pas à payer tous les autres coûts engendrés par l'obsolescence programmée qu'on nomme les externalités. Par exemple, la pollution et les déchets que cause l'obsolescence programmée sont un vrai désastre environnemental, mais ces coûts économiques et environnementaux ne sont pas payés par les entreprises. Ce sont d'autres personnes ou même le gouvernement avec nos taxes et impôts qui prennent ces coûts sans avoir le choix. C'est en externalisant leurs coûts que les entreprises utilisant l'obsolescence programmée s'enrichissent encore plus sur notre dos.
Par la suite, la situation est alarmante au niveau des appareils électroniques puisque ceux-ci contiennent plusieurs matériaux extrêmement polluants. Les gens gardent leurs téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques de moins en moins à cause de cette stratégie capitaliste et cela crée des quantités astronomiques de déchets électroniques. Selon le programme des Nations Unies pour l'environnement, près de 50 millions de tonnes de déchets électroniques se sont retrouvées dans la poubelle à travers le monde en 2012. Par conséquent quelqu'un devra, un jour ou l'autre, payer pour régler les problèmes engendrés par la pollution.
Les alternatives
Malgré tout, il existe tout de même des alternatives à l'obsolescence programmée. Plusieurs économies sont développées pour que ce phénomène n'en fasse plus partie, que la surconsommation soit grandement diminuée et que les impacts environnementaux soient réduits.
Premièrement, l'écoconception est un moyen d'intégrer plusieurs aspects environnementaux lors de la création et du développement d'un bien ou service qui vise à réduire les conséquences sur l'environnement au cours de son cycle de vie. De plus en plus d'entreprises se tournent vers cette idée. D'ailleurs une étude réalisée par une équipe de professeurs au HEC de Montréal a déterminé que c'est aussi rentable pour une entreprise d'utiliser l'écoconception que de produire normalement.
Il existe aussi l'économie circulaire qui est qualifiée de développement durable et qui a pour but de produire des biens et services en limitant au maximum la consommation. Le but est de rejeter le moins de matières premières ou de les recycler après leurs utilisations en refermant le cycle de vie des produits et des services.
L'économie de fonctionnalité est une économie complètement différente, mais très innovatrice. Dans cette économie, l'entreprise change sa position face à ses consommateurs. Elle ne vend plus le produit, mais l'usage du produit. Par conséquent, le produit appartient toujours à l'entreprise, elle va donc tenter d'augmenter la durée de vie de celui-ci puisqu'elle facture à l'utilisation. Il n'y aurait pas d'impact sur le profit des entreprises, mais au niveau environnemental, les déchets rejetés seraient considérablement réduits.
Le blâme est souvent mis sur les entreprises, mais la consommation responsable est une alternative simple et facile. Un consommateur adéquatement sensibilisé et informé sur la durée de vie du produit pourra faire un bien meilleur achat puisqu'il aura choisi les produits de qualité. Du même fait, ce produit aura souvent un impact environnemental faible. Il existe d'ailleurs des sites comme « Protégez-vous » qui se spécialisent dans l'évaluation d'une très grande vaste gamme de produits. Autrement, seulement regarder sur internet des évaluations du produit est très simple et à la portée de tous. Bref, il ne faut surtout pas acheter les yeux fermés, sans être au courant de ce que l'on achète puisque le produit est fait pour être désiré, mais il peut cacher de bien mauvaises surprises.
Carl Nadeau
Étudiant au Cégep de Granby