L'héritage du sénateur A. B. Foster

Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est
Bientôt, les citoyens de Waterloo auront la lourde responsabilité de décider du sort de la maison d'Asa Belknap Foster (couvent Maplewood), un bâtiment patrimonial construit en 1864 qui demeure le plus important témoin de l'âge d'or de leur ville. Ce rendez-vous exceptionnel avec l'Histoire, les Waterlois ne peuvent et ne doivent pas le manquer. Mais connaissent-ils vraiment le rôle qu'a joué A. B. Foster dans le développement de leur municipalité?
Vers 1875, Waterloo portait fièrement le titre de capitale régionale, forte de ses 2500habitants, des nombreuses institutions qui relevaient de son rôle de chef-lieu du comté de Shefford et d'une structure industrielle diversifiée, avec la fonderie Allen& Taylor, la tannerie Shaw et la Waterloo Boots& Shoes comme principaux employeurs. En comparaison, avec moins de 900habitants et une économie embryonnaire, le village de Granby faisait piètre figure et semblait condamné à jouer un rôle secondaire sur la scène régionale. Sans contredit, c'est à A. B. Foster (1817-1877) que l'on doit cette réussite waterloise.
Quinze ans plus tôt, en 1860, Waterloo comptait à peine 300habitants et rien ne laissait présager que le hameau était à l'aube de vivre une ère de développement et de prospérité. C'était un an avant l'arrivée du chemin de fer du Stanstead, Shefford& Chambly (CN) dont A. B. Foster avait été l'un des principaux artisans, construisant même à ses frais la voie entre Granby et Waterloo. Car si l'homme fut tour à tour député, sénateur, propriétaire foncier et même gentleman farmer, son principal intérêt résida toujours dans les activités reliées aux chemins de fer. C'était avant, aussi, que A. B. Foster ne mette son plan de développement du sud du village à exécution, plan qui consistait à faire de Waterloo le terminus de la nouvelle compagnie ferroviaire en y construisant une gare, une rotonde des locomotives, un atelier mécanique et des hangars. Du même souffle, l'entrepreneur bâtissait un hôtel et plusieurs maisons en brique près du Foster Square et offrait gratuitement aux catholiques, aux méthodistes, aux anglicans et aux universalistes des terrains pour ériger leur église. Cette approche foncière, qui marchait de pair avec le déblocage économique induit par l'arrivée du train, allait inciter une population nouvelle à s'installer à Waterloo. En quelques années, A. B. Foster en avait fait la ville la plus dynamique et grouillante des Cantons-de-l'Est après Sherbrooke.
C'est au faîte de sa carrière, en 1864, que A. B. Foster construit son imposante résidence. À sa suite, plusieurs notables tenteront de se démarquer par le faste et l'originalité de leur maison, faisant de Waterloo un haut lieu du patrimoine régional.
On peut l'affirmer sans détour, Waterloo ne serait pas la ville qu'elle est devenue sans l'esprit d'entreprise de A. B. Foster. Or c'est bien plus que l'héritage de ce bâtisseur qui est impliqué dans la décision de conserver ou non sa résidence, c'est l'esprit de toute une époque et la mémoire d'un âge d'or qui sont en jeu. Souhaitons que la population de Waterloo saura conserver cet héritage pour les générations à venir. Car le patrimoine, c'est souvent le seul aide-mémoire qui reste lorsqu'on a tout oublié.
Mario Gendron
Société d'histoire de la Haute-Yamaska