Dirigée par l’ex-maire de Granby Michel Duchesneau, l’entreprise Jonesco aurait réalisé des travaux de déboisement dans le prolongement de la rue de Verchères sans avoir les autorisations nécessaires.
Dirigée par l’ex-maire de Granby Michel Duchesneau, l’entreprise Jonesco aurait réalisé des travaux de déboisement dans le prolongement de la rue de Verchères sans avoir les autorisations nécessaires.

Les municipalités aiment-elles les arbres ?

LA VOIX DES LECTEURS / Pourquoi les municipalités sont-elles aussi frileuses auprès des promoteurs immobiliers lorsqu’il est question de protéger les arbres ? On comprend qu’elles sont heureuses que les maisons qu’ils bâtissent augmentent leur richesse foncière et leur rapportent ainsi plus de taxes foncières dans leurs coffres. Mais pourquoi ferment-elles les yeux sur de graves infractions qu’ils commettent ? Et pourquoi les municipalités n’ont pas de véritables règlements sur la protection des arbres ?

Ces deux questions m’ont toujours taraudé alors que j’étais journaliste. J’ai écrit de nombreux reportages sur des promoteurs immobiliers qui ont abattu illégalement des arbres pour faire place à leurs projets résidentiels ou commerciaux. Tout comme j’en ai signé sur des coupes légales, mais à blanc. Une autre hérésie.

Quand une municipalité décidait d’intervenir, toujours à la suite de plaintes, il était trop tard. Parfois, elle sévissait en acheminant une amende d’un montant ridicule considérant le nombre d’arbres coupés. Certaines exigeaient des fautifs qu’ils reboisent. Ça compenserait au moins un peu la perte d’autant d’arbres matures, se disait-on. Pas vraiment lorsqu’on découvrait que la circonférence des arbres à planter était de quelques centimètres. Bref, des fouets. Ça manquait de sérieux compte tenu de la gravité des dégâts causés !

Lorsque j’interviewais les promoteurs pris en flagrant délit, souvent, ils affirmaient qu’ils ignoraient avoir commis une infraction, assurant ne pas connaitre la règlementation municipale. Certains d’entre eux avaient pourtant 15, 20 ans d’expérience dans le domaine. Une façon arrogante d’affirmer que les règlements ne les concernaient pas…

Il est plus que temps que les municipalités sonnent la fin de ces récréations. Elles ne tolèrent pas que monsieur ou madame Tout-le-Monde fasse fi de leurs règlements. Pourquoi les promoteurs et entrepreneurs profitent-ils de passe-droits ?

Ça m’amène au cas de Michel Duchesneau. L’homme d’affaires, en entrevue cette semaine à La Voix de l’Est, soutenait qu’il ne « s’amuse pas à déboiser pour le fun ». Il réagissait à la décision du conseil de la Ville de Granby qui veut que les services juridiques étudient ses recours contre lui parce qu’il a procédé sans permis à un important déboisement et à du dynamitage sur la rue de Verchères dans le quartier Quévillon. Il a contrevenu en plus à une entente de laisser six mètres de largeur de boisé entre ses terrains et ceux des voisins arrières.

Ça serait le fun, pour emprunter le vocabulaire de M. Duchesneau, que l’ancien maire de Granby respecte les règlements en vigueur qui encadrent les travaux de construction. Est-ce une culture de son entreprise de faire fi des règlements ? En 2015, sa compagnie, Jonesco, s’est vue signifier une amende de 5000 $ par le ministère de l’Environnement pour des travaux de remblai dans un milieu humide… sans permis.

Toutes ces infractions sont récurrentes. Elles le sont parce que les villes ne se dotent pas de règlements pour dissuader la délinquance – comprendre ici de vraies amendes avec obligation de reboisement d’arbres de grandes circonférences. En plus d’adopter de tels règlements, les municipalités devraient encadrer les travaux de développement en limitant la superficie des terrains où des arbres peuvent être coupés pour faire place aux entrées, bâtiments principaux et bâtiments accessoires (cabanons et piscines). Couper presque tous les arbres comme le font présentement les entrepreneurs est un crime contre l’environnement, par ricochet contre nous toutes et tous !

Les arbres sont cruciaux à la vie. Ils séquestrent le carbone, produisent de l’oxygène, assurent des habitats pour des animaux et des insectes et abaissent la température en milieu urbain.

Les changements climatiques sont le plus grand enjeu auquel nous faisons face comme civilisation. A-t-on les moyens de se priver de ces incroyables alliés que sont les arbres ? Les municipalités ont le pouvoir d’agir pour les protéger. Accorder des subventions pour qu’on plante un arbre devant notre maison, comme le font plusieurs municipalités, ne suffit pas ; il est impératif de protéger les forêts et les boisés existants. On ne peut plus se contenter de gestes symboliques. Des actions politiques plus courageuses, comme l’adoption d’une véritable politique de l’arbre qui reconnait leur valeur et donne des moyens de les protéger, doivent être posées.

C’est incroyable qu’on doive encore, en 2020, plaider une telle chose.

Michel Laliberté

Granby