Les exagérations d’une minorité bruyante

LA VOIX DES LECTEURS / À la suite de la lecture d''un article publié dans La Voix de l’Est du 29 mars, j’estime que certains ajouts pourraient être nécessaires.

L'article était Des Suttonnais inquiets de la présence de randonneurs. 

Je suis résidant de Sutton et mon revenu dépend en partie de la présence touristique en ville. Je suis aussi la page Facebook mentionnée dans l’article, comme plusieurs dans la communauté, « locaux » ou « villégiateurs », comme plusieurs amants de la région qui la fréquentent assidûment, ou non.

On retrouve sur cette page, une certaine minorité de résidants dont le passe-temps favori consiste à mettre tous les torts de la municipalité sur les touristes et les villégiateurs qui possèdent un chalet dans la région. Ça va du taux de taxation, au trafic la fin de semaine, aux crottes de chien dans les parcs et sentiers, aux bicyclettes… ad nauseam et tutti quanti!

Dans le cas de la publication à laquelle l’article fait référence, la situation a largement dépassé les bornes de l’acceptable, panique autour de la COVID-19 oblige.

Au début, des résidants permanents invitaient les autres «locaux» à appeler la police au *4141 pour qu’elle intervienne, tout en affublant les randonneurs (dont l’identité et la situation résidentielle étaient parfaitement inconnues) de tous les noms. Disgracieux, mais en restant dans les limites de la légalité.

Puisque la SQ a dit qu’il n’y avait pas de problème à la présence des randonneurs, tant et aussi longtemps qu’il n’y avait pas d’attroupements, certains ont demandé à ce que «les citoyens prennent les choses en main» et « agissent pour protéger la communauté ».

Mais c’est allé beaucoup plus loin que la simple présence des randonneurs, alors que certains se sont mis à dénoncer leurs voisins ou des villégiateurs, qui allaient et venaient de leur propre propriété (l’ordre de ne pas aller au chalet n’avait pas encore été donné par le gouvernement).

Le ton était à ce point acerbe que plusieurs ont cru que des visiteurs seraient passés à tabac. Ils ont donc dénoncé ces accusations et ces appels à la violence. Mais rien n’y fit. Une minorité gueularde a continué de cracher son fiel sur les « étranges » qui n’habitent pas au village en permanence.

Comme plusieurs le savent, un enfant s’est perdu dans la montagne samedi dernier. J’ai pu être témoin direct des effets de ces appels à l’exagération. Peu de gens savent que, lorsque les centrales sont surchargées, les appels au *4141 sonnent parfois sur des cellulaires de patrouilleurs. Ces appels ont donc nui aux opérations de recherche en surchargeant les lignes dédiées aux opérations policières.

Les villégiateurs, tout comme les touristes, doivent se soumettre aux ordres de confinement, comme tout le monde. Mais partout, à Sutton comme ailleurs, il y aura toujours des gens pour ignorer leurs responsabilités.

On peut, bien entendu, les condamner, mais crier et demander leurs têtes sur des piques dépasse les bornes et montre le plus laid d’une communauté autrement belle et solidaire.

Les villégiateurs et les touristes font partie de la communauté de Sutton. Ils paient leurs taxes et dépensent dans notre village, comme nous tous. Ils ont droit aux mêmes égards et services de la part de la communauté.

Demander la tête de son voisin pose d’ailleurs un problème flagrant : il sera encore notre voisin lorsque la pandémie sera passée.

Alexandre Joly

Sutton