Outre les effets potentiellement polluants du projet et sa légalité, il faut se demander si le développement de mégaporcheries est légitime à un moment où tout le monde semble vouloir faire une transition écologique, indique M. Avignon.
Outre les effets potentiellement polluants du projet et sa légalité, il faut se demander si le développement de mégaporcheries est légitime à un moment où tout le monde semble vouloir faire une transition écologique, indique M. Avignon.

Les 4000 porcs de Valcourt : un projet à revoir, une transition à prévoir

LA VOIX DES LECTEURS / Alors que la saison estivale est à son apogée, la MRC du Val Saint François rappelait cette semaine que la consultation publique sur la construction d’une mégaporcherie dans le Canton de Valcourt se terminait vendredi. Ne faudrait-il pas prolonger et élargir cette consultation, mais également remettre en question ce projet qui amènera quatre fois plus de porcs qu’il n’y a d’habitants dans ce petit Canton?

Il y a déjà presque 20 ans, Hugo Latulippe dénonçait, dans son film documentaire Bacon, les effets sociaux et environnementaux du développement des mégaporcheries dans le Québec rural.

Il y a une dizaine d’années, c’était la « grippe porcine » qui faisait l’actualité, entraînant d’importantes difficultés pour le marché d’exportation et la mise sur pied par le gouvernement fédéral d’un programme visant à diminuer la taille des exploitations et le nombre de porcs — tel que l’on peut retrouver aisément l’information dans un document de Statistique Canada intitulé : Évolution de l’industrie porcine canadienne.

Malgré cela, la production québécoise, la plus importante au Canada, semble compter environ 4 millions de porcs et s’accompagner d’une tendance lourde au développement de mégaporcheries. Il y aurait de moins en moins d’exploitations agricoles pour de plus en plus de porcs.

Ce développement est bien sûr encadré par le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement, comme la page de la consultation publique de la MRC du Val-Saint-François l’indique, mais ces encadrements sont-ils suffisants? Le stockage et l’épandage du lisier ne se feront pas n’importe comment, mais peut-on vraiment penser qu’il n’y aura aucun impact pour le voisinage proche, mais également sur les cours d’eau, donc sur l’ensemble du bassin versant correspondant à une échelle plus large?

Le cas des marées vertes sur les plages bretonnes

L’exemple frappant des marées d’algues vertes sur les plages bretonnes démontre que les normes minimales sont souvent insuffisantes pour protéger l’environnement. Mise en lumière par une récente enquête de la journaliste indépendante Inès Leraud (Algues vertes, l’histoire interdite), la pollution provoquée par la production des millions de porcs bretons, en plus de détruire le paysage à certains endroits à cause de la prolifération d’algues, a même forcé les autorités publiques à fermer des plages après avoir constaté les effets sur la santé à la suite de la découverte de plusieurs cadavres d’animaux.

Et il y a pire : un employé municipal est décédé par intoxication à cause de trop fortes émanations alors qu’il était chargé de ramasser ces mêmes algues!

Pour une transition verte en agriculture

Outre les effets potentiellement polluants du projet et sa légalité, il faut se demander si le développement de mégaporcheries est légitime à un moment où tout le monde semble vouloir faire une transition écologique. La crise sanitaire actuelle a mis en lumière l’intérêt de remettre de l’avant le slogan « Small is beautifull ». Plutôt que de vouloir surproduire et polluer dans un même domaine pour jouer le jeu de la concurrence internationale, il s’avèrerait plus adéquat de favoriser l’accès à des produits locaux de qualité et respectueux de notre environnement. Bien sûr, les promoteurs du projet feront miroiter des bénéfices en termes d’emplois et de taxes. Mais combien d’emplois seront créés pour combien d’emplois perdus avec cette logique de développement? Combien de taxes engrangées pour combien de taxes à débourser pour contrôler et réparer les dégâts de cette forme d’agriculture?

Pour tous ces arguments, et également parce qu’une consultation en plein été manque de transparence, nous invitons la MRC du Val-Saint-François et le Canton de Valcourt, mais également toutes les autorités ayant compétence, à reconsidérer leur décision et à prolonger la consultation. Nous invitons également les citoyennes et citoyens à s’exprimer en écrivant à l’adresse fournie sur le site de la MRC (karine.bonneville@val-saint-francois.qc.ca) ou par tout autre moyen à leur disposition.

Pierre Avignon

Citoyen et militant écologiste