L’enseignement du tourisme au Québec a 50 ans

LA VOIX DES LECTEURS / La rentrée au Cégep est une bonne occasion pour rappeler qu’il y a 50 ans, on démarrait, à Granby, le premier enseignement du tourisme au Québec.

L’idée de créer ici une option de techniques touristiques vient d’André Ménard, membre de notre comité de planification. Le ministère du Tourisme du Québec venait tout juste de naître. Nous n’avions donc aucune école de tourisme au Québec, alors qu’il y en avait une en Ontario, soit le St Clair College de Windsor. Oh ! il y avait bien l’Institut de l’Hôtellerie et du Tourisme à Montréal, mais on n’y enseignait que l’hôtellerie… pas le tourisme.

Notre comité de planification, dirigé par Maurice Marquis, se mit à la tâche. Secrètement. Nous ne voulions pas nous faire voler notre idée ! Dieu sait les heures que nous avons passées sur ce projet.

Nous avons d’abord élaboré un programme inspiré de celui des écoles européennes les plus réputées (Paris et, surtout, Glion en Suisse et Stresa en Italie), en tenant compte de notre contexte social. Après beaucoup de recherches, de démarches, de consultations, d’études de marché et de clientèle, nous étions prêts à présenter notre projet à la Direction générale de l’enseignement collégial (DGEC).

Puis, par un communiqué aux médias, nous avons rendu publique notre démarche. Nous avons alors été invités à des émissions radiophoniques et télévisées. La réaction du public fut immédiate et enthousiaste. Nous avions créé un désir de voir le Québec se doter d’un enseignement touristique et nos auditeurs avaient vite saisi le sérieux de notre projet.

Mais les refus dits officiels de hauts-fonctionnaires et de la DGEC furent immédiats. Refus que nous avons refusés, répondant avec précision à chaque objection de nos opposants. Nous étions prêts à lutter âprement et nous avons poursuivi notre travail avec conviction. Roland Giguère disait que « pour ouvrir une seule fenêtre, il faut enfoncer un nombre incalculable de murs. »

Cependant, nous n’avions pas que des opposants. Notre programme fut jugé excellent par certains intervenants ministériels et fut reçu avec enthousiasme par les ministres Loubier (tourisme), Cardinal (éducation), Russel de Shefford et Fréchette de Sherbrooke. Notre pari était gagné, malgré nos adversaires.

Donc, en septembre 1969, forts de l’appui du Cégep de Sherbrooke, des citoyens et des ministres concernés, et sans attendre la bénédiction de la DGEC, nous avons eu l’audace de démarrer des cours de tourisme à Granby.

En effet, à la rentrée de 1969, une quarantaine d’étudiants désireux d’étudier en tourisme nous arrivèrent d’un peu partout au Québec… même des Îles- de-la-Madeleine. Nos professeurs de géographie se chargèrent de ce nouvel enseignement avec ardeur et compétence, si bien que dès l’année suivante, la DGEC, timidement, approuva l’option des techniques touristiques au collège de Granby. Elle prendra toutefois cinq ans à rédiger un programme officiel.

Donc, pendant toutes ces années, nos professeurs enseigneront le tourisme en s’inspirant du programme que nous avions élaboré. Jean-Marie Dubé, André Bergeron et Réjean Beaudoin et d’autres ont conduit l’enseignement du tourisme à sa maturité. L’enseignement du tourisme demeure l’un des plus beaux fleurons du Cégep de Granby.

Goethe disait : « Ce que tu peux faire… tente-le ; l’audace est puissante. »

Émile Roberge

Granby