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Le retour de Don Quichotte

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LA VOIX DES LECTEURS / Le mythe du « prosélytisme passif dû à un affichage religieux ostentatoire » auquel fait allusion Denis Forcier dans sa lettre parue le 5 mai dans La Voix de l’Est n’a jamais été prouvé hors de tout doute raisonnable comme le voudrait un État de droit.

Je mets au défi de trouver une personne affirmant avoir été affectée ou troublée par la présence d’un signe religieux ostentatoire porté par un enseignant ou une enseignante durant ses années d’études primaires ou secondaires. Même questionnement pour la supposée « vulnérabilité intrinsèque des enfants » exposés à ces mêmes signes religieux. Serions-nous en train de voir Don Quichotte se battre encore contre les moulins à vent ?

Nous avons la mémoire courte. Au début des années 60, alors que Jean Lesage redonnait au gouvernement du Québec son caractère laïque, un nombre important d’élèves de la province était en contact quotidien avec des hommes et des femmes qui portaient une soutane et un grand crucifix et cela n’a pas empêché cette génération de se détacher de la pratique religieuse. Le grand mouvement de la sécularisation du peuple québécois a rapidement envahi l’ensemble du territoire, malgré la présence des religieux catholiques et les cours d’enseignement catholique dans des écoles bourrées de statues, d’images saintes et de crucifix. La supposée vulnérabilité des enfants n’a pas été impressionnée par cette longue plongée dans l’eau bénite, comme le disait Denise Bombardier dans un de ses volumes.

De plus, il faudrait aller voir les impacts de l’enseignement religieux obligatoire dispensé aux élèves des écoles privées confessionnelles. Bon nombre de ces enfants appuyés par leurs parents acceptent de subir passivement cet enseignement qui, dans les faits, ne change pas grand-chose à leur non-pratique religieuse. En 2021, au Québec, le pourcentage de pratiquants catholiques est probablement au-dessous de 10 %.

En quoi la liberté de conscience d’un enfant serait-elle troublée par un enseignant ou une enseignante portant un signe religieux si ce même enfant côtoie régulièrement des surveillantes, des cantinières, des infirmières, des secrétaires, des brigadières portant elles aussi des signes religieux? Il est fort à parier que cet élève croisera au cours de ses années d’études des personnes portant des signes religieux différents propres à des confessions religieuses différentes. La seule chose qui intéresse les enfants et les parents, c’est la compétence professionnelle des enseignants et enseignantes. La pseudo-peur concernant le prosélytisme et la vulnérabilité des enfants n’est que pure spéculation. Cette spéculation que l’on entretient pour justifier une discrimination injustifiable est alimentée par une allergie maladive face au monde religieux et face au hijab porté par les femmes musulmanes. Faut-il rappeler que l’un des principes de la laïcité, c’est la séparation de l’État et de l’Église. Un État laïque ne se donne pas le droit d’exclure les croyants de la fonction publique et ne s’ingère pas dans le sens à donner aux symboles religieux. Elle garantit une liberté de religion à tous ses citoyens et citoyennes sans aucune discrimination.

Il est assez ridicule de constater que M. Forcier, apparemment si protecteur de la liberté de conscience, puisse suggérer de mettre cette même liberté de conscience entre parenthèses durant une journée par année. Évidemment, les chrétiens occidentaux qui ne portent pas de signes religieux célébreraient dans la joie cette grande uniformité tant désirée qui obligerait tous ceux et celles qui vivent au Québec à concrétiser la formule de François Legault : « C’est comme ça que l’on vit au Québec ». M. Forcier souhaite un consensus, mais dans les faits, il s’agit davantage d’une majorité qui se permet d’ostraciser une minorité, ce qui est contraire à une saine démocratie et contraire à l’objectif premier de la laïcité : vivre ensemble non pas dans l’uniformité, mais dans la diversité. Voilà le grand projet éducatif d’un Québec moderne et inclusif.

André Beauregard

Shefford