Le pouvoir de la parole libérée

Crever un abcès, ça fait toujours du bien. Enlever la petite pierre dans sa chaussure, c’est la même chose. Mais ici, après 100 millions d’années, libérer l’humanité d’une mauvaise conception de la hiérarchie des humains entre eux, voilà tout un défi. Au milieu du 19e siècle, on a soulevé le problème de l’esclavage des Afro-Américains et de l’exploitation des travailleurs ; au début du 20e siècle, on a obtenu le droit des femmes à voter et à prendre place sur les bancs des universités ; au milieu du 20e siècle, on a parlé de l’égalité hommes/femmes et de l’accueil inconditionnel des membres de la communauté LGBT ; en ce début du 21e siècle, nous sommes confrontés aux problèmes de l’intimidation en milieu scolaire et de harcèlement sexuel en milieu de travail.

Dans tous les cas, la résistance au changement n’a utilisé qu’un seul argument : la peur. La question de la dignité humaine n’était pas prise en compte. On considérait que l’égalité réelle entre tous les êtres humains apporterait un lot important de pertes : pertes de pouvoir et perte de rentabilité. Les opposants au changement faisaient des projections de malheurs basées sur des principes réactionnaires et sur des faits inexistants. Le principal handicap dans ce genre de débats, c’est d’argumenter en l’absence d’une définition commune des mots et en l’absence de vérification des faits. On manifeste beaucoup de difficultés à comprendre que toutes les situations — et en particulier les relations humaines — ne sont pas simples, mais au contraire, qu’elles sont archi complexes. Par conséquent, le débat qui les concerne doit obligatoirement se dérouler avec l’extrême précision d’une opération chirurgicale.

Le mouvement du #MoiAussi et la lettre signée par une centaine de personnalités françaises permettent très heureusement de démontrer la complexité du débat et d’apporter d’importantes précisions. Ce débat comme les précédents permettra à toute l’humanité de faire un grand pas en avant. Celui-ci n’est possible que grâce à l’éducation populaire, moteur de l’évolution humaine. Nous sommes tous appelés à lire et à écouter les propos que l’on retrouve dans les médias. C’est toujours extraordinaire de constater combien les nombreuses opinions exprimées ont le pouvoir d’élargir notre vision des choses et de nous faire comprendre la complexité de la question. Par leurs textes d’analyse et de réflexion, les médias concrétisent leur mission fondamentale d’éveilleurs de conscience. C’est ainsi qu’ils donnent vie à leur rôle de quatrième pouvoir.

Par la suite, nous devrons nous positionner en tenant compte de toutes les subtilités et de toutes les nuances jugées utiles afin d’éviter toute forme de dérapage. Tenir des propos prudents et non timorés, audacieux et non téméraires. Ce que nous faisons sans le temps, le temps ne le respecte pas et dans la situation présente, accorder du temps à la réflexion est absolument impératif. Il faut insister : appuyons notre position sur des faits réels et sur la bonne définition des mots ; voilà un processus qui appartient en propre au monde de l’éducation. Éduquons-nous et sortons de nos silences confortables.

André Beauregard

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