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Le PL 96 protège-t-il vraiment la nation québécoise et sa langue?

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LA VOIX DES LECTEURS / Le projet de loi 96 de Simon Jolin-Barrette présenté jeudi passé, on l’a compris, vise à donner un second souffle à la loi 101 de Camille Laurin, alors que notre anglicisation est de plus en plus galopante, surtout dans la grande région de Montréal. Mais suffira-t-il à contrer la tendance?

Les mesures prévues sont-elles suffisamment structurantes pour y arriver de façon efficace à moyen terme? Le fait que le projet ait été, pour l’instant, appuyé par les trois partis d’opposition, malgré quelques réserves, semble indiquer qu’il est toutefois un pas dans la bonne direction.

Cependant, s’il est adopté à l’automne, pour être efficace, symboliquement et politiquement, il devra comporter des mesures fortes d’application immédiate, et dont l’impact sera constatable régulièrement. J’en vois trois.

Premièrement, nos politiciens devront parler en français en tout temps. Plus de conférences de presse bilingues, plus de débats électoraux bilingues. Nos journalistes anglophones devront poser leurs questions en français.

Deuxièmement, il faudra aller plus loin que la «prédominance du français dans l’affichage». Les raisons sociales devront être francisées sur un horizon de cinq ans, d’abord avec des mesures incitatives puis, si nécessaire, avec des mesures dissuasives. Un Best Buy pourrait donner l’exemple, et s’afficher rapidement ainsi : Meilleur prix chez BB, ce qui plairait aux Québécois.

Troisièmement, nos cégeps tant anglophones que francophones devront assurer le bilinguisme de leurs étudiants, que le diplôme collégial devra attester dans les trois ans à partir de l’adoption de la loi. Ici également, des mesures incitatives devront être prévues de même que des mesures dissuasives, le cas échéant. (...)

Afin que cette nouvelle loi 101 ait un impact politique assuré et permanent, une autre mesure est nécessaire. Il faut que les municipalités ayant déjà un statut bilingue puissent le renouveler comme le prévoit le projet de loi, mais que des incitatifs soient prévus afin qu’elles y renoncent, si leur population d’origine anglophone est en décroissance, cela constatée sur une période de cinq ans, à partir de l’adoption de la loi.

Mais là où le projet de loi 96 semble le plus faible en terme d’impact symbolique et politique est cette intention d’inscrire dans la Constitution québécoise que le Québec est une nation avec comme langue commune et officielle le français, en recourant à la section 45 de la Constitution de 1982 qui l’autoriserait. Par contre, des experts prétendent déjà que la section 43 de cette même constitution ne permet pas cette décision sans qu’elle ne soit approuvée par Ottawa, du moins concernant la langue. Cette mesure, bien que symboliquement sympathique, ne garantit aucunement au Québec des pouvoirs exclusifs pour protéger sa langue. (...)

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ne devraient-ils pas faire front commun pour inciter le gouvernement Legault à mieux protéger les intérêts nationaux du Québec à long terme? Pourquoi ne proposeraient-ils pas dès maintenant que le Québec signe cette fameuse constitution de 82, mais dans l’honneur et l’enthousiasme?

Ils pourraient, dans ce but, s’entendre sur le contenu d’une motion à l’effet d’offrir au fédéral et au R.O.C de signer cette constitution, si celle-ci, minimalement, reconnaît des pouvoirs souverains à la nation québécoise en matière de langue, de culture/information, d’immigration et d’environnement, avec, évidemment, compensation financière idoine. Ce serait une façon de voir de quel bois se chauffe vraiment François Legault quant à la protection de l’avenir du français au Québec, en plus d’être une marque certaine de patriotisme pour tous ces partis d’opposition. Et pour ce titre , il conviendrait bien au Parti libéral de Dominique Anglade de prendre, elle-même, l’initiative de cette

motion, à mon avis nécessaire, dans le but de protéger à long terme la langue française au Québec.

Denis Forcier

Shefford