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Le premier ministre du Québec, François Legault
Le premier ministre du Québec, François Legault

Le PDG, le pompier et le gourou

La Voix de l'Est
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LA VOIX DES LECTEURS / Selon les sondages, les Québécois et les Québécoises aiment beaucoup François Legault, chef du parti qu’il a fondé. Comble du ridicule, il lui a donné le nom «Coalition avenir Québec ». De quel avenir s’agit-il ?

Les partis politiques de droite se donnent très souvent un nom totalement à l’opposé de leur philosophie, comme l’avait fait Mario Dumont avec l’Action démocratique du Québec. À l’époque, le chef de l’ADQ réduisait la démocratie aux dix secondes que 60 % de la population consacrait à voter. Toutes les autres manifestations démocratiques étaient considérées comme des obstacles nuisibles devant être contournés.

Il faut dire que François Legault, à titre de PDG du Québec, pense exactement la même chose. Il applique sa philosophie du pragmatisme : action rapide écrasant sans vergogne les processus démocratiques ou législatifs et les préoccupations sociales ou environnementales. Quand il y a un feu, comme pompier, il accourt pour l’éteindre rapidement, mais il ne cherche pas les causes profondes et n’apporte pas de véritables solutions à long terme. 

Il ne faut surtout pas le contredire et s’enfarger dans la sémantique : ne prononcez pas le mot qui commence par «s» pour la bonne raison que le racisme au Québec n’est pas systémique; ne prononcez pas le mot qui commence par «c» pour la bonne raison qu’il n’y a pas de crise du logement au Québec. Avec la CAQ, le Québec vit dans le bonheur béat, la grande jovialité.

Il est arrivé tellement souvent au cours du XXe siècle et en ce début du XXIe siècle de voir des leaders charismatiques haranguer les électeurs et les électrices avec des promesses accrochées à un nationalisme monochrome. C’est ce qui se vit présentement au Brésil, en Russie, en Pologne, en Hongrie, en Turquie et en 2016, aux États-Unis d’Amérique. Or, presque à chaque fois, ces partis de droite ont grugé avec l’appui majoritaire du peuple les lois protégeant les processus démocratiques et les chartes des droits et libertés. 

Comme de véritables gourous, les chefs multiplient les sourires enjôleurs, les propos populistes, les lois réactionnaires et les projets pharaoniques généralement nuisibles (le mur entre le Mexique et les É-U, le tunnel entre Québec et Lévis) et ça marche. Même si la plupart du temps, ils sont élus avec un appui populaire faible, ils réussissent à prendre le contrôle du gouvernement non pas pour le meilleur, mais pour le pire. Et pourtant, le pire est déjà visible.

L’absence de connaissances sérieuses et le refus de rechercher des informations pertinentes (deux graves lacunes que l’on retrouve chez beaucoup de citoyennes et citoyens) permettent aux partis de droite de donner une voix à ceux et celles qui sont gênés de répondre aux sondages des grandes firmes, mais beaucoup moins gênés d’inonder les réseaux sociaux de propos délirants. 

Pendant ce temps, le chef de la CAQ devient le « suiveux » de service qui se laisse guider par ses propres sondages maison nombreux et coûteux qui réduisent à néant le poids des études et des recherches des experts sur les enjeux politiques, économiques, sociaux et environnementaux. Pour le chef de la CAQ, l’obsession électoraliste à court terme est la priorité absolue. L’horizon de ce fameux « avenir » se situe au mois d’octobre 2022 et ça ne va pas plus loin. L’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants n’est pas dans la mire de cette coalition populiste.

André Beauregard, Shefford