Le Macaron

- Mme Chantal, c'est quoi ton macaron?
- Euh... Je vous expliquerai à la collation.
Le temps de la collation venue...
- Mme Chantal, c'est quoi ton macaron?
- Euh... Je vous expliquerai au retour de la récréation.
10h30 ...
- Mme Chantal, c'est quoi ton macaron?
Je me lance.
- Émilie, peux-tu lire ce qui est écrit sur le macaron?
- «J'enseigne, je mérite mieux»
Nous tentons alors ensemble de définir d'abord ce que signifie «enseigner». C'est Leidy qui se lance la première.
- Ben t'sais madame Chantal, tu nous expliques des choses pour qu'on comprenne, puis après, si on fait des erreurs, tu nous corriges et on devient bons.
- Bien. Maintenant, je vais t'expliquer pourquoi c'est écrit «je mérite mieux».
J'ai un patron à Québec, un ministre qui s'appelle Monsieur Blais. Monsieur Blais croit qu'il n'y a pas assez d'élèves dans nos classes. Alors, il voudrait ajouter quatre ou six élèves dans notre classe.
À ma grande surprise, cette annonce crée une commotion.
- Mais on va les mettre où, Madame Chantal?
- Eh bien, on pourrait en placer deux dans le coin lecture.
- Mais on va le mettre où, le coin lecture?
- Eh bien, on n'en aura plus.
- On pourrait aussi installer deux élèves à la place de l'armoire des collations.
- Mais on va la mettre où l'armoire à collation Madame Chantal?
- Bien, il va falloir la sortir de la classe.
- Ensuite, on pourrait en placer deux autres devant le tableau.
- Mais on va s'asseoir où quand tu vas nous raconter des histoires?
- Eh bien, il faudra que vous restiez assis à votre pupitre!
 L'autre chose que le ministre veut faire, c'est couper dans les services directs à l'élève. Ce que ça veut dire, c'est que ceux qui en ont besoin ne pourront plus avoir l'aide de Madame Ginette, de Madame Marie-Claude, de Madame Emma.
Un grondement s'élève.
- Madame Chantal, qu'est-ce qu'on va faire si Monsieur Blais ne voit pas ton macaron?
Enzo prend la parole et propose:
- J'ai une collection de macarons chez moi, j'pourrais l'amener pour qu'on en ait chacun un. On pourrait mettre un message dessus.
Les protestations viennent de partout:
- Pas plus d'élèves dans la classe!
- On a besoin de tout le monde!
- S'il y a plus d'élèves, il y aura plus de bruit!
Malgré tout ça, les inquiétudes demeurent.
- Mais, Madame Chantal, si le ministre ne change pas d'idée, qu'est-ce qui va arriver?
- Eh bien, tu sais, on est beaucoup d'adultes à réfléchir à des idées pour convaincre Monsieur le Ministre que ce n'est pas une bonne idée. Il faut faire confiance aux adultes, tout sera fait pour le mieux!
Ce soir-là, Mathilde, six ans, dit à sa mère:  «Il faut faire confiance à Madame Chantal, elle va nous sauver du ministre!»
J'espère que Mathilde a raison!!!
 
Chantal Beauchemin
Enseignante d'une classe jumelée 1-2  à l'école Sainte-Famille
Granby
 
Tous les détails dans notre édition de samedi