Le lac Waterloo, un joyau très menacé

LA VOIX DES LECTEURS / Je vis à Waterloo depuis deux ans et les baignades des soirées d’été après le travail, au moment des magnifiques couchers de soleil sur le lac à l’horizon côté mont Shefford, ont contribué à me faire élire domicile pour un temps dans cette petite ville paradoxale. 

Effectivement superbes, les anciennes maisons de bois bien rénovées évoquant des temps plus prospères, quelques forêts et tourbières encore saines aux alentours, sans oublier l’amabilité des habitants issus de toutes les classes sociales, la plupart étant plutôt accueillants envers les nouveaux venus.

Par contre, en tant qu’herboriste tout-terrain, plus j’explore les environs et les rives du lac lui-même, plus je m’inquiète pour notre avenir proche.

Comme partout, hélas, les gens, et pas juste des jeunes inconscients, jettent des déchets de plastique partout, surtout ceux issus des chaînes de restaurant cheap, les seules qui survivent à la centralisation et le nivellement par le bas qu’offre ce quasi-désert alimentaire.

Oui, il reste le Métro, qui a une offre diversifiée tout de même valable, mais, situé près du lac, on y a rajouté un autre îlot de chaleur en doublant le stationnement d’asphalte, sans aucun arbre en son centre, un non-choix, rentable certes, mais discutable.

Aussi, surtout dans la Yamaska Nord, efférente au lac, l’eau est glauque et souillée, pas étonnant quand on voit les barils et machines rouillées abandonnées là depuis des décennies le long de la piste cyclable La Campagnarde, vers Warden… Que dire des fossés, par exemple entre le centre d’épuration des eaux (!), la grosse quincaillerie et l’Écocentre, où flottent des plastiques, du Styrofoam et autres matières douteuses drainées par des calvettes via des ruisseaux cuivrés et huileux vers la rivière?

Pire, à l’autre extrémité du lac, juste à l’entrée de la plage municipale, j’ai été consternée de voir apparaître une forêt de condos gris (50 unités?) en rangée du projet Acosta, sur une prairie avant cela très fleurie, avec des arguments comme : «dynamiser ce secteur bucolique, projet écologique, gate community…». Au secours!

En fouillant un peu dans les liens web, j'ai vu que cette compagnie avait d’autres ramifications et des chantiers à Bromont et à Cowansville, ce qui ne me rassure pas non plus.

Pour mieux vendre, on arbore des photos idylliques de la plage, alors que de son appartement à 30 000 $, on verra surtout une forêt de béton gris, plaqué noir et brun, la grande mode actuelle.

Projet énorme dont, selon mes sources fiables, le permis fut octroyé par les autorités municipales précédentes. J’espère que cette éventuelle «gate community» (tel que lu dans leur promo) ne bloquera pas l’entrée de la plage municipale très fréquentée par les familles, les rêveurs et les pêcheurs... Observons et veillons à ça!

Sachant que l’érosion des berges est la première cause de déséquilibre des plans d’eau, par ensablement et augmentation du phosphore, alors imaginez les effets d’un tel méga chantier! 

Trop tard, je sais bien…

Les riverains et amis écologistes s’inquiètent aussi de la prolifération galopante du myriophylle à épis, des châtaignes d’eau et, avec le réchauffement climatique, des algues bleues, sans oublier les moules zébrées et autres pestes apportées par des bateaux mis à l’eau sans inspection.

On est loin aussi des recommandations du pourtant explicite Plan directeur de l’eau 2015-2021 (l’échéance approche …) pour des lacs et des cours d'eau locaux en meilleure santé, parrainé par la MRC de la Haute-Yamaska, et qui a reçu trois prix pour ce projet et des résolutions de nos Amis du bassin versant du lac Waterloo, comme sur l’importance des bandes riveraines, jardins d’eau, corvées intensives de nettoyage, etc.

Pourtant, Waterloo a déjà payé cher la contamination de leur eau potable par le trichloréthylène, il y a moins de dix ans…

Par conséquent, outre les valeurs humaines, si le lac est pourri, que restera-t-il du joyau d’une petite municipalité qui en arrache déjà, à voir la rue principale et tous ces magasins en faillite?

N’oublions pas que la santé de la Yamaska et même par extension, du fleuve St-Laurent, en découle aussi, car nos lacs et cours d’eau sont les miroirs et concentrés de nos choix de consommation, de négligences et style de vie très discutables, comme nous le montrent la crise de la COVID-19 et le réchauffement planétaire. 

Qu'on le veuille ou non, nous sommes tous reliés dans le vaste bouillon de la scène planétaire où le local est très proche du global et où l’eau saine est un liant universel vital.

Sans parler de l’héritage douteux laissé à nos-petits-enfants…

Anny Schneider, herboriste et écologiste humaniste

Waterloo