Le gouvernement Canadien veut savoir ce que vous pensez de la prostitution

S'il est un sujet qui à fait et fait encore couler beaucoup d'encre, c'est bien la prostitution.
Avez-vous déjà réfléchi à ce que vous en pensiez vraiment? Est-ce que pour vous c'est le plus vieux «métier du monde» et que l'on ne peut rien y changer? Et si oui, qu'on devrait traiter ce «travail du sexe» comme un autre? Est-ce que pour vous c'est carrément une forme d'exploitation sexuelle, voire une forme de violence qu'on ne devrait pas tolérer en mettant en place des stratégies pour l'enrayer?
Le gouvernement du CANADA veut avoir votre avis sur le sujet, donc, vous avez l'opportunité de lui exprimer votre position. Une consultation est en vigueur via le Web jusqu'au 17 mars 2014.
Comment se fait-il que le gouvernement veuille tout à coup savoir ce que vous pensez de la prostitution? Mais pourquoi donc?
La raison est que cette consultation fait suite à la décision de la Cour suprême (Arrêt Bedford) en décembre dernier qui est venue invalider, pour cause d'inconstitutionnalité, les dispositions du Code criminel encadrant la prostitution au Canada. Les 7 juges ont conclu que ces infractions portaient atteinte au droit des prostituées à la sécurité selon l'article 7 de la Charte des droits et libertés.
Heureusement, l'effet de cette décision a été suspendu pendant un an, le temps que le parlement fédéral et les assemblées législatives des différentes provinces (ceux qui détiennent le pouvoir de changer les lois en fait) s'y penchent sérieusement. Advenant le cas où ils ne changeraient rien, s'ensuivrait une décriminalisation de la plupart des activités liées à la prostitution telles que:
• La prostitution à l'intérieur serait légale (dans la maison ou l'appartement de votre voisin, dans les salons de massage, dans les bars de danseuses...)
• Le proxénétisme et les pimps (appelons-les par leur nom connu) deviendraient légaux, on traiterait ces gens comme des hommes d'affaires respectueux en autant que les femmes qu'ils prostituent le fassent par choix, ne soient pas forcées, qu'elles ne soient pas violentées... (Il faut comprendre que ce sera à la femme prostituée que reviendra le fardeau de la preuve de démontrer HORS DE TOUT DOUTE RAISONNABLE que le pimp a utilisé la force pour l'amener à accepter de l'argent contre des actes sexuels.)
• La sollicitation en vue de l'achat ou de la vente de services sexuels dans un endroit public sera légale tant qu'elle ne nuit pas à la circulation des piétons ou des voitures.
Est-ce que c'est ce que nous voulons véhiculer comme valeur dans notre société?
Voici quelques données tirées du premier rapport mondial sur l'exploitation sexuelle, publié en 2012 par La Fondation Scelles qui pourrait alimenter votre réflexion;
«Il ressort de cette étude qu'à l'ère de la mondialisation, la prostitution a atteint des proportions gigantesques, jamais égalées dans l'histoire de l'humanité»:
• De 40 à 42 millions de personnes se prostituent dans le monde.
• 80% d'entre elles sont des femmes ou des filles.
• Les trois quarts seraient âgés de 13 à 25 ans.
• 9 personnes sur 10 seraient dépendantes d'un proxénète.
• La majorité des personnes prostituées seraient aujourd'hui aux mains des réseaux de traite des êtres humains.
• En Europe et dans le monde, la traite à des fins d'exploitation sexuelle a connu un essor fulgurant au cours des deux dernières décennies.
• Selon (ONUDC), 79% des victimes de la traite le sont à des fins d'exploitation sexuelle, et 79% d'entre elles sont des femmes ou des filles.
• Les groupes du crime organisé sont les premiers bénéficiaires du commerce de la prostitution et ils s'en servent pour le blanchiment d'argent.
• Selon une étude de l'Organisation internationale du travail (OIT) menée en 2006, les profits de la traite représentent annuellement autour de 31,6 milliards de dollars et les victimes d'exploitation sexuelle rapportent autour de 27,8 milliards de dollars.
Le CALACS a depuis longtemps pris position concernant la prostitution: nous croyons profondément que la prostitution est le plus vieux mensonge du monde et la plus vieille violence faite aux femmes et aux enfants du monde. En reconnaissant le «travail du sexe» comme un métier basé sur la notion de choix individuel, on perd de vue le contexte social dans lequel s'inscrit la prostitution. Si comme société nous considérons acceptable d'acheter des services sexuels auprès de femmes, d'enfants, le message transmis, c'est qu'il est louable de vendre le corps des femmes et des enfants comme de la marchandise. «Cette position renforce l'équation établie par la société entre femme et sexe, réduisant les femmes à une humanité moindre et contribuant à les maintenir dans un statut inférieur partout dans le monde. L'industrie du sexe est de plus en plus considérée comme une industrie du divertissement, et la prostitution comme un travail légitime. Elle est pourtant basée sur une violation systémique des droits humains et une oppression renforcée des femmes.» C'est totalement inacceptable!
Tout le monde devrait avoir son mot à dire sur la vision qu'il veut de la société dans laquelle il vit. Nous avons le droit de dire que nous voulons plus pour nos enfants et nos femmes que la prostitution. Alors avez-vous quelque chose à dire? Si oui, rendez-vous au: http://www.justice.gc.ca/fra/cons/cours-curr/conspros-proscons/index.html. Les commentaires reçus dans le cadre de cette consultation aideront à éclairer la réponse du gouvernement à l'arrêt Bedford.
 
Sophie Labrie pour le CALACS de Granby