Le drame des aînés exploités par leur propre famille

Nous avons tous eu vent d'histoires d'horreur concernant l'extorsion d'argent d'une tranche très vulnérable de la population, que sont nos aînés. Il y a bien sûr les grandes arnaques et les scandales financiers publicisés par les médias, où les économies de toute une vie peuvent être englouties, mais je constate avec stupéfaction que les plus grands dangers d'abus se trouvent sous notre nez, dans nos familles... Je constate également que le système judiciaire fait preuve d'un trop grand laxisme envers les abuseurs, qui ont largement le temps de cacher les sommes détournées et de bien préparer leurs mensonges...
Voici la triste histoire de mon oncle. Aujourd'hui âgé de 88 ans, il se retrouve sans un sou pour finir sa vie dignement et il vit maintenant dans un état de grande détresse émotionnelle. Étant sans enfant, au décès de son épouse, il vendit sa maison et tous ses effets (meubles, voitures, etc.) pour aller vivre en résidence et amorcer la dernière étape de sa vie. Comme il s'agissait d'une somme considérable et qu'il ne se sentait plus complètement apte à gérer ses finances (à cause en partie d'un problème d'alcool), il eu la brillante idée (je ne suis pas sûr d'ailleurs que ça venait de lui...) d'accorder un mandat de gestion à des proches. Le tout fut préparé par une notaire incompétente, qui accorda tous les pouvoirs aux mandataires et n'inclura aucune protection pour mon oncle, du type obligation pour les mandataires de rendre compte de leur gestion à un tiers au moins une fois l'an. Une confiance aveugle régnait. Or, comme les lascars étaient eux-mêmes portés sur l'alcool, mais aussi sur les escortes et tout ce qui vient avec, malheureusement ce qui devait arriver, arriva; ils ont réussi à dilapider et s'approprier entièrement le patrimoine financier de mon oncle, le laissant complètement sur la paille.
Une fois la situation exposée au grand jour, compte tenu de l'absence totale de remords de la part des abuseurs qui se rejettent le blâme mutuellement et de l'impossibilité de trouver un compromis avec eux, mon oncle, en désespoir de cause, n'a eu d'autre alternative que de porter plainte contre eux, ce qu'il fera avec le support de sa soeur de 87 ans et de son frère de 85 ans, à qui il avait demandé de l'aide pour l'appuyer dans sa démarche. Compte tenu des campagnes de sensibilisation, encourageant les aînés à dénoncer les abus dont ils sont victimes, le trio s'attendait à trouver de la réactivité au service de police de Granby, voire même d'être référé à des organismes d'aide et de soutien. Quelle douche froide! D'abord, aucun support n'a été proposé, mais surtout, malgré un suivi téléphonique hebdomadaire, insistant sur l'urgence d'agir compte tenu de l'âge avancé de la victime, l'enquêteur a mis six mois (non ce n'est pas une faute de frappe!) avant d'interroger les fraudeurs (et ce, une seule fois, sans les confronter et sans aucune pression). Après maintenant sept mois, la famille est toujours dans l'attente du moindre résultat et a perdu confiance dans le système judiciaire. Il est évident qu'à ce rythme, mon pauvre oncle risque de ne jamais voir l'aboutissement du processus. Ne souhaitant ce malheur à personne, le partage de cette terrible expérience est d'abord une mise en garde aux aînés: attention, le loup est souvent déjà dans la bergerie (il faut prendre des précautions et ne surtout pas accorder trop facilement sa confiance), mais aussi un signal d'alarme aux autorités qui doivent prendre beaucoup plus au sérieux ce genre de crime, qui ne fera que prendre de l'ampleur avec le vieillissement de la population.
Paul Lamontagne
Granby