Le dévoilement d’une agression à caractère sexuel: comment réagir face à l’innommable?

La vague, ou plutôt le tsunami de femmes et d’hommes qui ont pris la parole face à une agression, continue. Vous êtes peut-être de ceux qui ont vu le #MoiAussi sur le mur d’une amie ou d’un ami, peut-être même que vous avez reçu un dévoilement d’une personne chère. Il faut savoir que révéler une agression peut être très confrontant pour une victime et ne pas être reçue peut « revictimiser » la personne. Pensons à Léa Clermont-Dion qui affirme avoir été dissuadée de porter plainte contre M. Vienne par Mme Payette. « Elle me dit que j’ai fait du tort à un ami. […] J’ai « brisé cet homme, sa famille ». Elle me demande de me rétracter, car « après tout, je n’ai pas été violée ». Non seulement ces commentaires ont été nuisibles, mais, aussi, responsabilisants pour la victime.

Responsabiliser la victime peut sembler rassurant. Si elle est la cause de son malheur, le commun des femmes n’a rien à craindre. Dans la même veine, les agresseurs sont soit à plaindre — « il ne savait pas ce qu’il faisait, pensez à sa famille, carrière… » — ou sont des dérangés à enfermer. Il est grand temps de remettre les pendules à l’heure en ce qui a trait aux agressions à caractère sexuel. La personne sait très bien ce qu’elle fait, c’est un abus de pouvoir et la victime souvent dans un rapport d’infériorité, est prise par surprise par une personne connue (70-85 % des cas). Vous vous demandez pourquoi elle n’a pas réagi?  La réponse est simple : elle était tout simplement sidérée par la situation, figée par la peur. « Un traumatisme psychique est un évènement qui, par sa violence et sa soudaineté, entraîne un afflux d’excitation suffisant à mettre en échec les mécanismes de défense habituellement efficaces, le traumatisme produit souvent un état de sidération […] La sidération est un état de stupeur émotive dans lequel le sujet (est) figé, inerte » (Anne-Laure Buffet, 2014).

Mais alors, comment aider, comment recevoir adéquatement une révélation de ce genre ?

Tout d’abord, écouter, sans juger, ce que la personne a vécu. Pouvoir sortir du silence sans avoir à craindre les jugements de ses proches est très important. Croire ce qu’elle vous dit et recevoir sans tenter de grossir ou minimiser son vécu, ses émotions. Nous ne réagissons pas tous-tes de la même façon face à une agression. Encourager ses forces, souligner ce qu’elle fait de bien et son courage d’en avoir parlé. Déculpabiliser la victime est aussi crucial. Elle a déjà à subir les conséquences de l’agression, mais elle n’est, en aucun cas, coupable d’avoir été agressée. Être supportant dans ses besoins et démarches pour reprendre de l’autonomie. Favoriser la reprise de pouvoir sur sa vie, car il y a une vie après l’agression.

Et si la personne a besoin d’aide supplémentaire, de parler ou si vous avez besoin d’aide pour aider, le CALACS offre du soutien, du référencement, de l’aide individuelle et de groupe. Pour que la voix des victimes porte plus loin, pour changer les choses.

En parler c’est se libérer : CALACS de Granby : (450) 375-3338.

Marie-Lou Guay-Grand’Maison

Intervenante et agente des communications du CALACS de Granby