Le crucifix de Duplessis... Assez!

On peut le déplorer pour moult raisons, mais nous serons bientôt en campagne électorale. Philippe Couillard a déjà annoncé qu'il irait en élection sur les thèmes de l'économie et du crucifix. Pour lui, il n'est pas question que le crucifix soit retiré de l'Assemblée nationale. Le gouvernement du Parti québécois en retirant toute mention du crucifix de son projet de loi 60 (Charte des valeurs de la laïcité...) laisse effectivement planer l'ambiguïté à ce sujet. C'est précisément ce que veut exploiter Philippe Couillard, sachant qu'une majorité de la population tient à ce crucifix pour toutes sortes de raisons.
Mais ce faisant, il fera en campagne une utilisation politique de ce symbole religieux. Ce qui est honteux. Car ce crucifix, depuis 1936, placé à cet endroit, au-dessus du fauteuil du président de l'Assemblée législative à l'époque, par le premier ministre Duplessis pour sceller son alliance avec le clergé catholique est hypothéqué depuis 78 ans au niveau de son sens premier par cette triste opération politique.
Et Philippe Couillard, en ne remettant pas en question ce statut politique du crucifix, mais plutôt en utilisant celui-ci tel quel à des fins électoralistes, cherche à maintenir en place ce symbole aliéné religieusement pour qu'il soit un obstacle à l'établissement éventuel d'une Charte de la laïcité cohérente qui interdirait les signes religieux ostentatoires dans la fonction publique et parapublique. Une façon pour lui de favoriser le nihilisme de son parti au niveau identitaire québécois, la seule identité étant pour lui la canadienne.
On ne sait pas ce que nous réserve la prochaine campagne électorale. Mais si le crucifix en devenait un enjeu majeur, il faudrait que le Parti québécois sorte de son ambiguïté à son sujet. Et la façon de le faire pourrait être de dire clairement ceci: 1) le crucifix restera à l'Assemblée nationale. 2) Il sera libéré de son sens politique actuel en lui accordant plutôt, officiellement, un sens patriotique compatible avec son sens religieux premier. 3) Par exemple (et c'est ouvert à la discussion), le crucifix pourrait représenter les trois valeurs communes, ancestrales et québécoises suivantes: LIBERTÉ, FIDÉLITÉ, PARTAGE.
Des valeurs qui ajouteraient de la profondeur à notre identité, laquelle s'affirme aujourd'hui, avec pertinence, par les valeurs modernes d'égalité entre les hommes et les femmes, de laïcité et de neutralité de l'État.
Denis Forcier
Shefford