Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois
Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le coût de l’inaction: réponse à Yves-François Blanchet

LA VOIX DES LECTEURS / Cher M. Blanchet, dans votre lettre, vous vous présentez comme un « bon samaritain » juste pour assister un 23 juin au comité de la Sécurité publique sous le thème du racisme systémique au sein de la GRC. Mais c’est très loin d’être suffisant : il y a des vies en jeu !

Pas plus tard que le 12 juin, la GRC (avec laquelle nous sommes rarement en contact au Québec) dénonçait elle-même le racisme systémique en son sein.

Dans un contexte où plusieurs vies autochtones sont fauchées par des agents de la GRC - dont celle de Mme Chantal Moore pas plus loin qu’à Edmundston –, le Nouveau Parti démocratique invitait la Chambre des communes à souligner l’existence du racisme systémique dans la GRC. En plus de créer une enquête pour décomposer le fond de la question, Jagmeet Singh proposait une motion regroupant plusieurs mesures concrètes à adopter au plus sacrant. Voilà ce qu’a bloqué Alain Therrien, à titre de porte-parole du Bloc Québécois.

Étrangement, M. Blanchet, pour quelqu’un qui aime les faits, vous restez très vague sur le contenu de la motion rejetée. Concrètement, que suggérait cette motion ? Elle demande simplement au gouvernement de :

a)« Revoir le budget de près de 10 millions de dollars par jour de la GRC et la Loi sur la Gendermerie royale du Canada et augmenter les investissements non policiers dans les interventions non violentes, la désescalade et le soutien en matière de santé mentale et de toxicomanie;

b) Veiller à ce que la GRC rende réellement des comptes au public;

c) Publier tous les rapports de la GRC sur les incidents de recours à la force, ainsi que les coûts de règlement connexes;

d) Lancer immédiatement un examen complet des pratiques de recours à la force de la GRC, dont les tactiques enseignées et la formation donnée aux agents de la GRC concernant les rapports de ces derniers avec le public. »

La vérité, c’est que nous sommes loin de la première enquête sur le racisme systémique au Canada. En effet, s’accumulent les études québécoises et canadiennes sur le profilage racial, sur les systèmes policiers et carcéraux, sur les stratégies pour un milieu de travail sans racisme, sur l’histoire juridique et l’état actuel de la violence et de la répression raciale. Dans une perspective critique, plusieurs recherches présentent des pistes de solution qui sont ici reprises par cette motion du NPD.

En d’autres termes, la motion du NPD, malheureusement rejetée par le Bloc, proposait des solutions générales, rapides et documentées qui pouvaient améliorer la situation à court terme; avant l’aboutissement des conclusions de fond de l’enquête qui amèneront des transformations à long terme. Parce qu’après tout, les drames des quatre derniers mois illustrent tristement le coût de l’inaction.

En conséquence, le Bloc n’aurait jamais dû faire entrave à la motion néodémocrate qui proposait des dénouements à court terme. Ce choix alimente les mentalités racistes et méprise des décennies d’enquêtes ainsi que les trop nombreuses victimes survivantes et décédées entre les mains de la police.

Face aux discriminations raciales au Canada, M. Blanchet, vous incarnez malheureusement l’incohérence. Comment espère-t-on des appuis pour les enjeux francophones du Canada si le Bloc n’est pas capable d’être solidaire envers d’autres communautés marginalisées ? Reconnaissons-nous les malheurs que lorsqu’ils s’abattent sur nous ?

Audrey Paquet

Maître en philosophie

Originaire de Saint-Marc-du-Lac-Long