Le cours ÉCR: réflexions pour le relancer

LA VOIX DES LECTEURS / Malgré toutes les critiques dont il est victime, le cours d’éthique et culture religieuse garde sa pertinence et son importance. Il n’y a pas lieu de l’abolir ni de déplacer le volet « culture religieuse » dans le cours d’histoire. Mais, il est urgent de préciser certains aspects du programme et corriger plusieurs manuels. Voici quatre raisons de garder le cours.

1. Un changement global de structure exigera des déplacements d’enseignants, polarisera les énergies pendant des années, sans s’intéresser aux questions de fond. Sans compter que la formation des enseignants pour le projet du cours proposé (juxtaposition de huit secteurs, dont l’éducation sexuelle) demandera une formation exigeante, quasi impossible pour les enseignants en exercice.

2. La religion fait partie de l’univers social actuel des élèves. La culture religieuse ne se réduit pas à connaître l’histoire des religions. Elle concerne aussi, et surtout, la connaissance de l’autre autour de soi, le lien entre éthique et religion, la question du sens de la vie, la place des religions dans une société laïque. Ce qui exige — selon l’âge des élèves et les exigences d’une bonne pédagogie — de signaler divers courants de pensée dans les religions, voire en critiquer certains (dont ceux qui vont à l’encontre des droits de la personne, du code criminel et autres lois du pays) ; de montrer comment une religion saine peut aider à fonder l’éthique ; d’expliquer que la religion peut offrir un sens à la vie au même titre que l’athéisme et l’agnosticisme et, finalement d’ouvrir à la recherche d’une spiritualité enrichissante.

3. La culture religieuse participe à un enjeu majeur de notre civilisation et peut y jouer un rôle positif. Plusieurs observateurs de la société, comme la théologienne Solange Lefebvre, notent les effets malheureux du « désenchantement du monde », du vide moral laissé par le retrait des Églises, de l’anomie sociale qui se généralise ; et ils cherchent comment on pourrait pallier ce problème sans pour autant tomber dans les excès passés de religiosité ou d’asservissement.

4. Il faut reconnaître, enfin, les aspects positifs du cours. Je déplore que les médias parlent davantage des faiblesses du programme et des erreurs de certains enseignants. Le programme, en effet, contient plusieurs éléments positifs, dont les objectifs signalés, une certaine progression des contenus, certains repères éthiques comme les chartes des droits, le respect du bien commun, les valeurs d’égalité, tolérance, justice. Il a donné lieu à des expériences pédagogiques exceptionnelles, une créativité multiforme de certains enseignants. Il a contribué à la formation de nombreux jeunes. Il a permis à plusieurs de se confier à leurs enseignants et de recevoir d’eux une aide psychologique précieuse. 

Mais la nécessité de garder le cours dans sa structure actuelle n’enlève pas le besoin d’améliorer certains points, notamment préciser les objectifs et les notions de base (éthique, droits de la personne, droits collectifs, rapport religion-éthique, religion et société, etc.) ; augmenter la place de l’athéisme et de la spiritualité ; évoquer les risques et dangers de l’instrumentation des religions ; préparer des manuels adéquats ou corriger certains manuels actuels ; améliorer la formation initiale et la formation continue des enseignants ; refuser clairement qu’un enseignant donne le cours pour compléter sa tâche. Et ces modifications devraient se faire en collaboration étroite avec l’Association des enseignants et enseignantes en ÉCR. 


Guy Durand

Professeur émérite de l’UdeM

Dunham