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L’oeuvre baptisée «Le Fougueux» était autrefois installée à l’entrée de ville de Bromont.
L’oeuvre baptisée «Le Fougueux» était autrefois installée à l’entrée de ville de Bromont.

Le cheval de Bromont est-il heureux ?

La Voix de l'Est
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LA VOIX DES LECTEURS/ Le cheval de Bromont est-il heureux ? J’en doute. Magnifique symbole équestre pour la ville de Bromont , il nous y accueillait fièrement sur son podium au milieu du rond-point où il trônait jadis. Placé là, on ne pouvait éviter, avant d’accéder à cette ville, d’en faire le tour tout proche, et ainsi admirer, dans toute son intégrité, l’oeuvre d’art qu’il est.

J’ai d’ailleurs écrit une lettre à ce sujet le 12 février 2020 et intitulée «Un rond-point en deuil de son cheval», qui avait été publié les jours suivants dans La Voix de l’Est et La Tribune. Puis avec le temps, je l’ai un peu oublié.

Mais vendredi passé, ralenti par la circulation sur le boulevard Bromont avant d’arriver aux feux, j’ai jeté un oeil là où on l’a déménagé. Et encore je me disais quel dommage qu’on ait placé ce si beau cheval à cet endroit, un endroit souvent encombré de véhicules donnant l’impression qu’il est abandonné à l’orée d’un vaste stationnement avec plein de poteaux d’éclairage qui encombrent la vision pour quiconque aimerait prendre le temps de l’examiner.

Bref, Le Fougueux m’a semblé moins fougueux, et plutôt triste, figé là près du boulevard, avec en arrière-scène, dominant au loin sur les hauteurs, deux bannières bien affichées soit celle de la Banque Nationale et de IGA.

Puis, poursuivant mon chemin jusqu’au Metro, je suis revenu par la rue Shefford afin de l’apercevoir autrement, et peut-être d’un angle plus favorable. Mais ce fut la déception. En descendant la côte, derrière plusieurs véhicules qui attendaient le feu vert, de là, je pouvais revoir le cheval de haut, au loin, et par l’avant. Sa tête me semblait déformée, n’offrant qu’un amalgame de ferrailles sans forme précise. J’avais hâte d’amorcer le virage afin de constater qu’il avait bien, encore, toute sa tête de Fougueux. Hélas, j’ai dû attendre qu’en sens inverse un camion-remorque vire à droite sur le boulevard, le soustrayant complètement de ma vue pour quelques instants.

Puis, tournant à mon tour, et le regardant enfin une dernière fois, j’ai eu envie de lui dire: pauvre cheval, si j’étais toi, j’essaierais de m’enfuir, au moins la nuit, pour retrouver mon podium d’origine au rond-point, pour me rappeler avant de perdre trop la tête, visuellement, mais surtout artistiquement, que jour et nuit, on tournait autour de moi avec admiration, et sans angles particuliers défavorables. Pour me rappeler, et c’est le plus important, qu’alors, j’avais le sentiment de représenter fièrement une signature équestre pour Bromont, alors que là où on m’a mis, il m’arrive plus souvent qu’autrement de me sentir comme une écorchure à cette même fierté, ma dignité d’oeuvre d’art n’étant plus assurée de façon constante à cet endroit.

Denis Forcier

Shefford