Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

L’autopiège du racisme systémique

Article réservé aux abonnés
LA VOIX DES LECTEURS / Maintenant, les noirs se revendiquent fièrement de leur race et demandent le respect de celle-ci. On le comprend en constatant le mépris dont elle fait encore l’objet, en particulier aux États-Unis. 

Le cas de George Floyd, un noir menotté puis étranglé en pleine rue sous le genou d’un policier blanc le 25 mai dernier, a rappelé au monde entier, l’horreur du racisme, en particulier celui encore pratiqué aux États-Unis.

Un mouvement de protestation est donc né là-bas, dans la rue et les universités, pour dénoncer cette présence encore actuelle du racisme dans ce pays qui se veut pourtant un phare moral pour l’humanité.

Ce mouvement veut faire une différence avec les combats antiracistes du passé, dont celui de Martin Luther King dans les années 60 qui, de toute évidence, n’ont pas réussi à éradiquer définitivement ce virus blanc anti-noir qui, non seulement «ségrégationnise» encore cette société, mais la désarticule de plus en plus au plan moral. Le combat, on le comprend, doit être repris et mené dans une nouvelle direction, celle de l’éradication du racisme en tant que principe divisionnaire de la société au profit des mieux nantis, en général, des blancs.

Selon cette stratégie, il est compréhensible que par solidarité, des minorités souvent marginalisées, voire ostracisées, autant là-bas qu’ici, comme les autochtones, les musulmans, les LGBTF+, voire même les femmes, loin d’être minoritaires pourtant, mais néanmoins violentées, s’identifient comme étant elles-mêmes racisées, et donc comme des humains de moindre valeur aux yeux de blancs dominants.

Devant l’ampleur de cette tendance à générer une sous-humanité, une autre tendance se dessine, celle de considérer que le racisme et le racialisme, son sous-produit, ne peuvent plus être expliqués exclusivement par des tares individuelles déplaisantes, mais contrôlables, et qu’il est nécessaire d’en élargir la problématique, et donc de parler plutôt de racisme systémique. (...)

Le problème est que définie de cette façon, je dirais de façon quasi pandémique, la solution ne peut, malheureusement, pas venir du virus blanc anti-noir lui-même, puisque les promoteurs du racisme systémique, noirs pour les plus militants, en accusent les blancs de plus en plus, au point où on est en train d’assister, ici chez nous, à une cassure sociale de laquelle sont en train de naître deux nouvelles solitudes, soit la «blanchitude» et la «noircitude».

C’est un autopiège pour tous les Québécois, en fait, que représente ce concept de racisme systémique pour définir le problème comme l’a réclamé récemment Dominique Anglade, la cheffe du Parti libéral. Elle a tort de penser que cette définition du problème pourrait engendrer les meilleures solutions. Car cela revient à demander à la majorité blanche suspectée de racisme, ce virus anti-noir, de s’autovacciner. Une impossibilité.

Ce qui m’amène à la conclusion suivante pour le Québec. Pour éviter cet autopiège, il nous faut, chez nous, sortir du concept de race. Un concept qui ne peut mener qu’à la division et à l’injustice, compte tenu de notre propre histoire coloniale dont nous ne sommes pas encore totalement affranchis comme peuple.

Mais comment éviter cet autopiège que constitue ce concept de racisme systémique, et combattre le racisme chez nous plus efficacement? La réponse, c’est de faire front commun pour d’abord éliminer officiellement toute référence à la race dans nos rapports sociaux, et y préférer notre commune humanité. Et le premier pas en ce sens devrait venir de notre Assemblée nationale, qui devrait officialiser une Déclaration d’identité du peuple québécois, à la manière d’un drapeau moral qui susciterait l’envie chez nous de rapports humains possiblement aimés, plutôt que possiblement armés comme c’est malheureusement le cas aux États-Unis.

Évidemment, dans la conjoncture, une telle proposition au gouvernement, pour être crédible, ne pourrait pas être faite d’abord par les blancs de moins en moins crédibles d’ici, mais par les noirs eux-mêmes, car ils seront les premiers à être potentiellement victimes de cet autopiège que constitue le racisme systémique qui nous place dans la situation analogue suivante : le pont Champlain était parcouru d’une faiblesse et donc d’un mal systémique.

Seule sa démolition pouvait être la solution. Pour y arriver, cela a pris beaucoup d’années et d’efforts de rafistolage. Puis, il a été remplacé enfin. Si le racisme est le mal systémique de notre société, aurons-nous le courage et la patience d’en construire une toute nouvelle, à côté, pour remplacer celle-ci? Sinon, ne risque-t-elle pas l’effondrement, d’autant plus qu’on la malmène beaucoup par les temps qui courent avec ces accusations incessantes de pratiquer ici le racisme systémique?

Denis Forcier

Shefford