L’astuce de la droite : tout confondre

LA VOIX DES LECTEURS / Quand Nadia Alexan, dans son texte du 2 août 2019 paru dans Le Devoir, affirme que « Les signes religieux sont des symboles d’un prosélytisme politique qui n’a rien à faire avec la religion, » elle se base sur quoi ? Sur absolument rien comme l’ont fait tous ceux et celles qui ont manifesté cette même crainte en lien avec les enseignantes voilées.

Le prosélytisme est constitué de gestes et de propos clairement orientés à convertir des gens à une croyance. Depuis des générations et dans un nombre important de pays, des gens portent des signes religieux visibles et « jamais » cet usage n’a été accusé de servir de moyen de conversion. La réflexion raciste n’a pas le goût d’aller plus loin que les apparences et surtout, elle n’est pas en mesure d’accepter la réalité archi-démocratique de la libre expression religieuse sous toutes ses formes.

On préfère une liberté à deux vitesses : celle des religions chrétiennes et celles des religions non chrétiennes. On préfère une égalité à deux vitesses : une pour les religions sans signes visibles et une pour les religions avec signes visibles. Pour adopter cette déviance, le Québec a imité les pays qui cadenassent les droits et libertés de la personne. Par conséquent, il est faux d’affirmer, comme le fait Mme Alexan, que la loi 21 favorise la neutralité et l’impartialité de l’État québécois.

Cette loi piétine sans scrupule ces deux principes fondamentaux de la laïcité. La répétition illimitée de faussetés semblables à celles affirmées par Mme Alexan a réussi à gangréner la pensée populaire québécoise au point où les deux tiers des Québécois malgré une histoire remplie de gestes d’ouverture ont fini par gober ces propos déshumanisants envers les minorités non chrétiennes visibles et à approuver une loi contraire aux principes de la laïcité, une loi supposément modérée : une discrimination modérée ! une exclusion modérée ! une injustice modérée !

Même si le ministre prend les Québécois pour des valises en tenant des discours cousus de fil blanc, cette loi n’avait qu’un objectif et cet objectif est radicalement électoraliste : donner un bonbon aux tenants d’une identité fasciste. Tous les partis populistes à travers le monde réussissent à se faire élire sur les seules bases de la xénophobie et de l’islamophobie. On ne parle pas d’harmonie comme le fait faussement Mme Alexan mais d’intolérance et d’uniformité.

Ainsi, elle appuie François Legault qui veut forcer les migrants à vivre exactement comme ceux qui sont arrivés avant eux. Les aspirations des peuples d’ascendance chrétienne comme le peuple québécois se résument tout simplement à un refus radical de la diversité. Or, ces aspirations sont-elles « vraiment » légitimes comme l’affirme Mme Alexan ? Le nombre d’électeurs en faveur de pareilles aspirations semble être le seul et unique critère apte à leur donner une légitimité. Il faut se rappeler qu’en démocratie, le nombre est un élément de décision et non pas un élément d’évaluation et comme disait Coluche, « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison ».

On pourrait certainement se demander si Nelson Mandela ou Martin Luther King ou Mahatma Ghandi ou Malala Yousafzai approuveraient une loi qui légalise la ségrégation ?

André Beauregard - Shefford