Ne pourrait-on pas s'entendre sur un minimum qui met en cause davantage la sécurité, l'égalité homme-femme et le bien vivre ensemble que la laïcité ?

Laïcité, sécurité et convivialité

Le projet de loi 62 a suscité beaucoup de discussions à l'Assemblée nationale comme dans l'ensemble de la population. Ne pourrait-on pas s'entendre sur un minimum qui met en cause davantage la sécurité, l'égalité homme-femme et le bien vivre ensemble que la laïcité ? Un minimum de règles qui ne concernent pas d'ailleurs que des signes religieux.
Sécurité, égalité, convivialité et bien-vivre ensemble constituent en effet des objectifs qui exigent des mesures concrètes. Certains comportements sont déjà interdits par le Code criminel, il n'est pas inutile de rappeler certaines mesures et de les inscrire dans une loi. Et cela, avant qu'ils ne deviennent un problème répandu, difficile à corriger.
     1- Interdiction de tout vêtement qui cache le visage (niqab, burqa, mouchoir, cagoule) et empêche l'identification de la personne dans tous les institutions et endroits publics, y compris dans la rue. Cela inclut, à plus forte raison, pour donner ou recevoir des services de l'État, ainsi que lors de gestes officiels comme le serment ou le vote. 
Le niqab et la burqa, tout comme la cagoule ou le masque (hors les fêtes comme l'Halloween) contreviennent à la sécurité publique. N'importe qui peut contrefaire son identité ou, pire, dissimuler des armes sous la burqa ou le niqab. Porter une cagoule ou un mouchoir sur le visage n'est pas plus acceptable, y compris dans les manifestations publiques : on peut présumer qu'il y a intention de violence. La contestation et la désobéissance civile, pour être authentiques (démocratiques et éthiques), doivent se faire à visage découvert, c'est-à-dire permettre l'identification des gens.
Le voile islamique intégral (niqab, burqa), outre l'objectif de sécurité, met en cause l'égalité des sexes : il est impossible en Occident de ne pas y voir un symbole de subordination de la femme. De plus, la communication entre personnes, pour être harmonieuse et empreinte de confiance, doit se faire à visage découvert : les expressions non verbales sont autant, sinon plus porteuses de sens que les mots. Le choix volontaire de cet habillement ne change rien à son symbolisme objectif. Et si on peut dire NON à certains actes volontaires de mutilation corporelle, comme l'excision, on peut dire NON aussi à certains gestes de ségrégation volontaire. Il est incohérent d'affirmer vouloir intégrer les immigrants, vivre en harmonie et, en même temps, tolérer un vêtement qui sépare et isole. Que les femmes qui le portent soient peu nombreuses n'est pas une raison de compromis, il s'agit d'une question de principe et d'exemple. Plusieurs pays ont d'ailleurs déjà légiféré en ce sens : Italie, Pays-Bas, Belgique, France.
     2- Interdiction du port du kirpan dans toutes les institutions et les lieux publics. On les interdit déjà dans les avions et les tribunaux, il y a lieu d'élargir.
Au-delà du symbole religieux, le kirpan reste une arme blanche. Son symbolisme est d'ailleurs de défendre sa foi, y compris par les armes. Aucune raison ne peut justifier son port dans l'école et les lieux publics. Les chevaliers de Colomb portent leur épée uniquement lors de leurs cérémonies rituelles
     3- Obligation de vêtements sécuritaires et de casque protecteur sur les chantiers de construction, les motos et les bicyclettes.
Il y a là une règle élémentaire de prudence et de respect de la vie. On ne doit pas oublier d'ailleurs que s'il arrive un accident, c'est l'ensemble des Québécois qui en assument les coûts via l'Assurance maladie.
La liberté de conscience ou de religion invoquée parfois ne justifie pas les comportements dénoncés. Tous les droits admettent des limites. Et c'est souvent aux Gouvernements et non aux juges de décider de ce qui convient à une société. D'un autre côté, les droits fondamentaux de la personne comprennent, non seulement des droits individuels, mais aussi des droits collectifs, dont celui de protéger et promouvoir les valeurs communes du Québec. L'immigrant a la responsabilité de s'intégrer à la culture du pays d'accueil, même s'il est légitime qu'il veuille conserver une part de sa culture d'origine. Les accommodements ne sont raisonnables que s'ils ne contredisent pas les règles et principes précédents.
Guy Durand, Auteur de La culture religieuse n'est pas la foi. Identité du Québec et laïcité.
Dunham