Laïcité : un mot, deux volets

Dans sa lettre du 22 février, M. Forcier­ affirme ceci : « Cependant, ce projet de loi 491 (de Mme Houda Pépin) contient une grave lacune : tout comme le projet de loi 62, il ne fait pas mention du mot laïcité, suggérant aussi à la manière anglo-saxonne que celle-ci se réduit à la neutralité ».
Il est important de rappeler que le mot « laïcité » fait partie du vocabulaire de l'Occident catholique. La religion catholique divisait la communauté entre les clercs et les laïcs : ceux qui avaient reçu le sacerdoce et ceux qui ne l'avaient pas reçu. Si le mot « laïcité » était inscrit dans la loi, on devra d'abord et avant tout, par souci de transparence, rappeler que ce mot fait référence à deux volets indissociables : la neutralité de « l'État » et la liberté de religion des « personnes ». Les deux mots « État » et « personnes » sont extrêmement importants.
La neutralité de l'État : le gouvernement et ses conseils d'administration (municipaux, scolaires, santé et services sociaux) prennent des décisions sans aucune référence aux normes issues des différentes communautés confessionnelles et les membres de leur fonction publique donnent des services dans les mêmes conditions et dans des bâtiments totalement neutres. Exemples : les hôtels de ville, les hôpitaux publics, les écoles publiques, etc. Évidemment, le débat aura toujours lieu pour ceux et celles qui hésitent à accepter l'application de ce principe dans les bâtiments publics. La tentation sera grande de déclarer « patrimoine historique religieux » la plupart des représentations religieuses d'une autre époque et qui, aujourd'hui, ne signifient pas grand-chose à une société très majoritairement sécularisée : ces symboles que l'on retrouve empoussiérés dans les coins ou accrochés sur les murs (comme à l'Assemblée nationale !).
La liberté de religion des personnes : tous les citoyens vivant au Québec ont toujours eu le droit de vivre selon les prescriptions de leur religion. Il n'y a pas deux poids, deux mesures : les chrétiens et les autres. Personne ne peut être exclu de la fonction publique pour avoir respecté des prescriptions religieuses qui découlent de ses convictions religieuses. (Évitons de revenir à Louis XIV ou à George III.) Évidemment, les services publics doivent se donner à visage découvert, mais est-ce qu'il y a un seul fonctionnaire de l'État qui ne respecte pas cette façon de faire ? Pour ce qui est des signes religieux portés par des personnes en situation d'autorité, il faut rappeler ce qu'a écrit Michel C. Auger dans son texte paru le 20 février : « Un autre fait qu'il convient d'établir, c'est que le "consensus Bouchard-Taylor" ne s'appliquerait à absolument personne aujourd'hui. Il n'y a aucun juge, policier, procureur de la Couronne ou gardien de prison qui porte un signe religieux dans l'exercice de ses fonctions. C'est un simple fait qui n'a rien d'alternatif. »
Oui à la « laïcité » adoptée officiellement et légalement dans un Québec qui vit déjà depuis au moins 1960 dans l'esprit d'un véritable État laïque, mais on ne veut pas d'une « laïcité » tronquée ou à deux vitesses. 
André Beauregard
Shefford