Reconnu coupable d'homicide involontaire en février pour avoir étouffé sa femme Jocelyne Lizotte atteinte de la maladie d'Alzheimer, Michel Cadotte a été condamné à deux ans moins un jour de détention.

L’affaire Michel Cadotte

LA VOIX DES LECTEURS / Si vous me le permettez, j’aimerais faire un retour sur Michel Cadotte, maintenant que la poussière est retombée.

Ce monsieur s’est occupé de sa femme Alzheimer pendant longtemps. Il ne pouvait plus la voir souffrir. 

Il se préparait depuis longtemps à abréger sa souffrance. Il se promenait avec une seringue, puis il a fini par l’étouffer avec un oreiller. L’histoire a provoqué de nombreuses controverses. On en a parlé dans les médias. Comment évaluer le degré de culpabilité d’un tel comportement? 

Me Jean-Pierre Rancourt a expliqué que dans notre droit, il n’existait pas de meurtre par compassion. 

M. Cadotte a finalement vécu son procès. Le juge a évalué qu’il avait plutôt voulu mettre fin à sa souffrance à lui. Il a écopé de deux ans moins un jour de prison. Il a tout simplement accepté le jugement.

Cette affaire m’a interpellé. J’ai travaillé sept ans avec les personnes âgées dans le milieu des soins de santé à Granby. 

J’ai fait des accompagnements de fin de vie aussi avec un organisme du nom d’Albatros. J’ai pu être témoin de bien des situations malheureuses.

À l’époque, je fréquentais le Centre de soutien au réseau familial qui donne du répit aux aidants naturels. J’ai eu l’occasion de suivre une formation sur comment respecter ses limites et comment ne pas se laisser vidanger dans une relation d’aide. 

C’est là que j’ai pu comprendre la problématique des aidants naturels. J’étais le seul homme dans un groupe d’une dizaine de femmes. Toutes ces dames étaient sur le bord de la dépression, du burn-out. L’une avait même des pensées suicidaires. 

Ces bénévoles donnaient toute leur énergie pour s’occuper d’un proche ou d’un parent et, en retour, ne trouvaient aucun support. Personne pour les écouter. Je me suis dit que je n’attendrais pas d’être rendu là et j’ai démissionné de mon projet.

Depuis, je suis attentivement tout ce qui se passe dans les CHSLD dans le journal. Visiblement, la situation n’arrête pas de se détériorer. Manque de personnel, personnel épuisé, difficultés à attirer des travailleurs. Ce sont les bénévoles qui font rouler le système, mais il n’existe pratiquement pas de ressources pour les soutenir. Actuellement, il n’y a que la ministre Marguerite Blais qui tente de corriger le tir. 

Je veux donc attirer l’attention sur la détresse que peuvent vivre les aidants naturels qui ne peuvent recevoir de l’aide et qui peuvent être tentés d’accomplir des gestes irréparables.  

Je pense ici que tout le monde est concerné quand il est question d’accompagner les personnes en fin de vie. Le système n’a pas su prévenir le vieillissement de la population — on en parlait déjà en 1970 quand j’étais étudiant. Ici, à Granby, durant la Semaine des aînés, on a parlé d’un chiffre de 42% de personnes âgées dans les prochaines années. 

Est-ce que le cas de M. Cadotte va nous faire réfléchir et nous faire poser les bonnes questions? 

Il serait temps de se réveiller collectivement sur la situation des aidants naturels, et y remédier. 


Roger Duval

Granby